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Fodio - Page 4

  • Dans la Matrice

    Par Lapinos

    dimanche, 18 septembre 2011

     

    Avec un siècle et demi de retard sur les observations de Marx, des voix s'élèvent dans les médias pour dire leur inquiétude de la vitesse moderne ou du caractère de plus en plus virtuel des relations sociales ; je dirais : du caractère cinématographique de l'existence, pour souligner le rapport de la morale nationale-socialiste ou républicaine dominante avec la science-fiction.

    En effet la force d'entraînement des cartels bancaires serait nulle sans la puissante courroie de transmission de la culture, qui peut être définie comme "l'art d'exploiter".

    On peut signaler ici la tartufferie, non seulement du pape Benoît XVI, mais de tous les apôtres de la "décroissance" économique, qui en somme contrairement à Marx, mais aussi au judaïsme ou au christianisme, continuent de faire croire que l'argent peut être neutre, qu'il peut être utilisé intelligemment, qu'il n'a pas essentiellement une valeur militaire, qu'il ne fait pas définitivement obstacle à l'égalitarisme. Cette tartufferie revient à répéter la doctrine libérale puritaine originale, qui ne peut se passer du blanchiment de l'argent. On voit ici que la culture et ses acteurs adhèrent parfaitement aux mouvements de capitaux.

    + En tant que chrétien, je suis bien placé pour voir que le cinéma a le caractère démoniaque. Il fut un des facteurs de développement du satanisme aux Etats-Unis, dont la version la plus sournoise et fréquente est celle du satanisme au nom du Christ. Il n'est pas difficile de trouver sur internet des blogs de "chrétiens" yankees qui prônent le port d'armes, aveu pathétique d'un culte authentiquement démoniaque, qui n'a rien selon moi à envier à la doctrine nazie.

    Le cinéma est sans doute un opium assez fade comparé à d'autres, mais sa dilution est tributaire de la taille du troupeau de moutons qu'il faut mener à l'abattoir ; de plus le cinéma a un effet de sidération progressif ; il commence avec le viol de la conscience de jeunes enfants qui sont encore au stade animal et chez lesquels la visée pédo-pornographique du cinéma a un impact particulier, les maintient dans l'obsession sexuelle et le désir incestueux qui . Avant de le condamner, il faudrait examiner combien de films Anders Breivik a ingurgités pour devenir un propriétaire paranoïaque ? Pour rapprocher la possession matérielle de la possession sexuelle

    Un attentat contre la part spirituelle, quand la société ne feint de s'offusquer que des atteintes à la chair et au porte-monnaie (dont elle est elle-même la principale cause, ne sachant s'organiser autrement que par le sang et son emblème monétaire, prédestinés à noircir).

    Car la tuerie sanglante est bel et bien le projet sous-jacent au cinéma. C'est à travers ce genre artistique méprisable et incitant au cannibalisme qu'on discerne clairement la suite donnée par les Etats-Unis au régime de l'Allemagne nazie. Probablement en pire, car on ne trouve rien dans la culture yankee, essentiellement animiste, qui résiste au cinéma et son effet d'aliénation progressive

    Le plus démoniaque n'est pas de défendre le cinéma au nom de Satan ou du chaos, comme d'assez nombreux producteurs ou metteurs en scène n'hésitent pas à le faire, plus ou moins discrètement ; une imposture plus grave est la défense du cinéma au nom du christianisme. Rien dans le christianisme ne justifie l'agrégation sociale et la souffrance qui en découle.

    L'agrégation sociale se faisant essentiellement sous la forme d'un sacrifice sanglant et charnel, dont l'argent est le signe le plus commun, forment les piliers de la synagogue de Satan les apôtres de la "doctrine sociale chrétienne" ou des divertissements chrétiens, ignorant tous les avertissements de l'art et de l'histoire selon lesquels cette doctrine macabre, reprise par le régime républicain, a servi à justifier les crimes les plus violents de l'Occident.

    + Le dernier en date, faux-jeton de première bourre, que j'entendais s'inquiéter ainsi à retardement de la vitesse moderne, est la starlette bobo Frédéric Beigbeder, sous-pastiche de Proust, dont le succès est emblématique du goût féminin pour les anguilles.

    Contre ce type cynique, à l'humanisme aussi frelaté que le néo-colonialisme de BHL, appuyé sur la choa, disons franchement que la vitesse et le caractère virtuel sont liés. Les systèmes informatiques et robotiques fonctionnent ainsi, par la transmission d'informations de manière presque instantanée, et pour mieux dire leur but : de façon "précipitée".

    "En temps réel" : l'expression décrit idéalement l'implosion d'un tel système, vu que seule une machine peut prendre le temps pour une chose "réelle", quand il a pour effet de l'altérer, exactement comme l'information.

    Un modèle informatique de l'univers est ainsi un schéma erroné ou altéré de la réalité (à tel point que ceux qui prennent ainsi leur science-fiction pour la réalité depuis Copernic ou Galilée sont contraints d'en opérer la mise à jour régulière).

    Ce type de modèle s'impose progressivement à tout un chacun (en commençant par les fainéants comme Beigbeder, installés dans le confort intellectuel et se moquant ouvertement de l'art et de sa gratuité, dans cette position de producteur de navets) en raison de son caractère fonctionnel. Les modèles mathématiques ou informatiques sont impropres à rendre compte de la réalité, en revanche ils sont "fonctionnels" et opératoires.

    Il ne paraît pas utile de souligner plus ici le rôle de la spéculation mathématique dans la formation de l'inconscient du citoyen-robot d'un régime totalitaire "matriciel". La quête de fiction (le "graal") ou de "virtuel" est le fait d'esprits faibles qui cherchent à se renforcer. On la retrouve en science où, bien que la haute technologie constitue l'aveu d'un nivellement scientifique vers le bas, les vieilles spéculations datant de l'Egypte antique continuent de s'imposer, trempées de psychologie, à cause de leur effet sécurisant, dont le revers terrifiant est rarement envisagé, nul n'étant plus apte à s'auto-absoudre de ses génocides passés, présents et à venir, que la polytechnique et les polytechniciens imbéciles, lieutenants du désordre et de la haine, planqués derrière l'argument de la règle et de l'horloge.

    + Quand les médias et la corporation des journalistes affirment accomplir leur "devoir d'information", ils énoncent inconsciemment ainsi le caractère totalitaire de leur mission. La contre-culture médiatique par l'internet l'a ainsi dernièrement en grande partie démontré, contraignant les pouvoirs publics (Henri Guaino) à défendre l'opacité, compte tenu de ce que les internautes reprennent à leur compte l'argument de transparence et d'information des médias.

    Plutôt que de déplorer comme le vieux con Beigbeder la virtualité de plus en plus grande des nouvelles interfaces et des nouveaux réseaux sociaux, mieux vaut comprendre que la relation sociale, sexuelle notamment, est essentiellement virtuelle. Autrement dit le ver est dans le fruit. Contrairement au mensonge libéral ordinaire véhiculé par F.B., la société mondialisée n'a rien d'un encouragement à l'individualisme. Elle est un hyper-socialisme ou un hyper-civisme, et le mensonge libéral vise donc à préserver le socialisme et le civisme dont ne peuvent se passer... les transactions bancaires et commerciales.

    Les jeux d'enfants, qui se résument hélas presque entièrement à l'apprentissage des rapports sociaux, la branlette étant considérée désormais grâce à l'apport de la philosophie morale germanique comme le b.a.-ba de l'humanisme, ces jeux témoignent du caractère virtuel (et passionné) des liens sociaux, de même que l'attachement d'adultes mièvres - Proust, Beigbdeder -, à des objets que ce dernier est incapable de comprendre pour ce qu'ils sont : l'essence de la vertu (Proust est un peu moins débile, parfaitement conscient que le fétichisme trouve son perfectionnement dans la musique, dont l'effet est aussi rassurant qu'une peluche ou une bibliothèque.)

    Que la vision chrétienne soit aussi réaliste et peu religieuse, cela explique qu'elle soit dissuasive de tout mysticisme et de fonder quoi que ce soit sur les rapports sociaux, rejointe ici par Marx et Engels. D'ailleurs on sait grâce à Shakespeare que la doctrine sociale de l'Eglise est la rançon de l'érotomanie monastique médiévale, d'après "Roméo et Juliette" notamment, dont la force pamphlétaire n'a fait au cours du temps que décupler, un acte de Bacon-Shakespeare suffisant à faire voler en éclats ce miroir de méduse qu'est le cinéma, "image animée de la bête" selon l'Apocalypse. 

    La virtualité décuplée des rapports sociaux indique seulement la formule d'un monde sous l'aspect d'une boule à facettes, prête à voler en éclats sous l'effet de l'accélération d'un mouvement dont la principale fonction est l'agrégation sociale.

     

  • O temps pour moi!

    On commence à s’apercevoir dans la presse européenne que Yanoukovitch fait à peu près n’importe quoi. Déjà s’il avait lu la bible il saurait qu’on ne peut servir deux maitres à la fois. En l’occurrence c’est l’Europe et la Russie qu’il espère gruger. Quasi aussi hystérique que Sarkozy, il se démène sur tous les fronts. On dirait un apprenti politicien. Il est en train de renforcer l’opposition avec le procès de Julia Timochenko, l’égérie de la révolution orange et ex premier ministre. Comme Sarkozy il fait tout ce qu’il peut pour essayer de conserver le pouvoir en vue des prochaines élections. Sauf qu’il s’y prend comme un manche. En tous cas on travaille beaucoup à Kiev en ce moment, surtout côté infrastructure. A la manière soviétique on refait les avenues du centre ville pour l’euro de foot. Peine perdue, trop de boulot, les étrangers auront vite fait de découvrir des coins insalubres en pleine ville. Et comme ils ne sont guère sensibles au charme de l’insalubrité, ça va jaser sec ! Sans parler du réseau routier. Les Européens lâchés dans Kiev en bagnole je leur souhaite bien du plaisir. Le code de la route est pas le même et les flics veillent à la moindre petite infraction. J’ai même vu un panneau « interdit d’aller tout droit » alors qu’on ne pouvait tourner qu’à droite ou à gauche. Les panneaux indicateurs sont en cyrillique et souvent pas là où ils devraient être. Quant aux noms des rues faudra les chercher longtemps. Le truc qui compense c’est qu’on peut se garer n’importe où, sur les trottoirs, les passages cloutés, et même au milieu de la route, ça se fait. Les accrochages sont nombreux vu qu’on dépasse de tous les côtés et qu’on serre un max en essayant de passer devant à tout prix. En cas d’accrochage on ne bouge plus, on attend les flics même si on bloque tout le trafic. Et du coup les flics mettent encore plus longtemps à venir, forcément.

    Dernière trouvaille du président : supprimer l’heure d’hiver, ou d’été je sais plus. Bref on va se retrouver à la même heure que la France. Mesure démagogique s’il en est et fi des économies d’énergie ! Déjà qu’on sait même pas si on aura du gaz pour l’hiver ! Et ça au motif que ce changement d’horaire serait mauvais pour la santé ! Possible, et possible aussi que le froid conserve ! n’empêche je regrette d’avoir laisser ma tronçonneuse à mon concierge portugais avant de venir ici.

    S’il espère être réélu avec des mesures de ce genre, not’ président, c’est qu’il prend vraiment son peuple pour un ramassis d’abrutis. Il est vrai que l’Ukrainien résiste mieux au froid qu’au perturbations horaires. En ce qui me concerne je sais même pas l’heure qu’il est la plupart du temps, je me fie au soleil la journée et aux étoiles la nuit. Pour autant je suis jamais en retard à mes rendez-vous vu que j’ai toujours un max d’avance et que je sais patienter. Ça me rappelle une blague soviétique. Trois types en prison, le premier au motif d’espionnage  parce qu’il est arrivé cinq minutes avant l’heure à l’usine. Le second, arrivé cinq minutes en retard, est accusé de sabotage. Quant au troisième arrivé à l’heure on lui reproche d’avoir acheté sa montre à l’Ouest.

    La preuve que le temps est l’ennemi du genre humain. Le temps d’apprendre à vivre il est déjà trop tard, comme disait le poète. J’ai pas la solution mais si Chronos a tué son père, me semble quand même bien que c’était pas par hasard.

  • блин!

    A la longue, il en est d'une profession comme du mariage, on n'en sent plus que les inconvénients.

  • Flèche Ensanglantée

    Plus un homme excite de sentiments à distance chez une femme moins il y répondra de près. Plus il a été rêvé brillant plus terne il sera. Ici réside le frauduleux pouvoir de l’imagination, laquelle est certainement ce supplément d’âme que les femmes se croient autorisées à concevoir au nom de Dieu quand il ne fait aucun doute, pour un homme épris de vérité, que c’est la signature du malin. Loin d’être un jeu, le véritable amour est un combat, il y faut deux adversaires là où l’enfer n’y assure que des partenaires. Tous les scintillements des feux de la passion aveuglent les amants incapables de tremper leur cœur dans l’eau pure de la divinité dont les seules vapeurs leur causent de mesquines douleurs.  La dureté éternelle de cet amour veut du sang dont l’âcre odeur rebute le vulgaire et enivre le niais. C’est dans la sombre lumière de sa couleur que Dieu a mis son paraphe invisible aux plus sournoises intelligences. Ce qui excuse l’impitoyable légèreté de la femme, c’est le triomphe de la faiblesse sur les puissances du mal. Le silence de l’esclave creuse la frayeur du maitre jusqu’à l’épouvante. Il fait deviner au tyran sans qu’il puisse l’entendre la voix de la pitié dont l’absence d’écho lui est aussi incongrue qu’inattendue. Il y a dans la justification une telle atteinte à l’innocence qu’elle répugne aux âmes nobles et la gloire du Christ est d’avoir ennobli le silence.

    Combien de marchand de tapis verbaux pour un cœur calomnié battant pavillon solitaire au sein de littéraires tempêtes ? 

  • Animachronisme

    Assis sur un banc dans un parc du centre de Kiev, une amie me fait remarquer la diversité des passants. En effet, tous portent des vêtements en apparence très différents. Cependant il suffirait de poser une question à tous ces gens pour s’apercevoir à quel point ils pensent tous exactement de la même manière malgré leur apparente dissemblance. Quelle question me demande-t-elle ? il y en a pas qu’une, mais par exemple, pourquoi Dieu nous a-t-il créés ?

     Ici, dans cette ex république soviétique désormais république parlementaire, personne ne se déclare athée, peut-être parce que ça reviendrait à se déclarer prosoviétique, ou encore parce que les gens ont conscience que l’athéisme pur n’existe pas ou encore pour une raison que j’ignore ou un syncrétisme de ces raisons, toujours est-il que la réponse est toujours la même : Dieu nous a créés pour être heureux !

     C’est dire à quel point ces gens qui se disent croyants ignorent tout de la parole de Dieu.

    Les plus « modernes » d’entre eux croient à la réincarnation, je n’en ai pas encore rencontré qui croient au néant, ils font tous l’aveu de croire à quelque chose après la mort, ce qui les rend quand même moins dangereux que les français persuadés de l’existence du rien et donc prêts à tout moment de devenir de dangereux supporteurs de Satan, tels les grognards de Bonaparte. 

    A la question de l’âme et de sa position pas un seul ne m’a encore répondu que le corps et l’âme étaient indissociables. Cette séparation imaginaire autant que diplomatique les emballe, les femmes ayant tendance à situer leur âme près de leur cœur, entre leurs seins, les hommes plutôt près du cerveau (certaines vicieuse descendent jusqu’au ventre sans aller toutefois jusqu’au sexe). 

    Je n’en suis pas encore à poser la question du pourquoi Satan emploie-t-il des chrétiens plutôt que des athées, ça reviendrait à demander à un homme de l’âge de pierre pourquoi le fer rouille-t-il.

     

  • Terrorisme et Médias

    A propos du terroriste norvégien André Behring Breivik, qui a semble-t-il voulu exprimer son patriotisme en éliminant quelques dizaines de ses compatriotes de la surface de la terre norvégienne, les médias se livrent à d'intenses spéculations, comme à leur habitude. André Behring Breivik était "franc-maçon" selon les uns, "chrétien" au contraire pour d'autres, "extrémiste" enfin pour certains (comme Ben Laden ; traduisez que tous les dangers viennent d'un extrême quelconque du point de vue des médias qui, eux, incarnent le parti de la modération, vieux truc clérical éculé.)

    Comme on sait, la folie a une origine sociale et elle peut devenir meurtrière sous le prétexte social le plus futile : aussi bien on apprendra dans quelques semaines que André s'était fait larguer par sa copine ou que la question de son orientation sexuelle véritable le tourmentait. Il n'y a donc aucun argument pour exclure les médias eux-mêmes des causes de la folie meurtrière moderne, sachant le rôle moral décisif de la télévision, du cinéma et de la publicité sur des esprits faibles, incités à construire "un univers personnel", c'est-à-dire un rêve, une sorte de prison dorée, dans lequel l'aliéné, bien qu'il y a été relégué, est le seul maître.

    On reconnaît d'ailleurs chez le meurtrier psychopathe le caractère extrêmement social et religieux de cette personne dans le fait qu'elle a un désir de gloire et de reconnaissance du public, à l'opposé de l'individualiste qui trouvera dans l'honneur ou l'argent un parfum d'encens et de dépendance vis-à-vis d'autrui, détestable et illusoire. Pour résumer, le fou meurtrier est le produit d'un collectivisme abrutissant extrêmement puissant, auquel les médias contribuent largement, sous couvert de favoriser la quête identitaire.

    Il faut dire en outre qu'une société requiert systématiquement pour les besoins de son agrégation, l'usage de la folie et du mensonge. On a vu ainsi au XIXe siècle le moraliste national-socialiste F. Nietzsche fulminer contre les chrétiens ou les communistes, les anarchistes, au prétexte que leur volonté de s'attacher à la vérité représente une menace pour l'ordre social établi, qui s'accommode bien mieux de l'hypocrisie ou de vérités religieuses, c'est-à-dire mystiques, ésotériques, de philosophies qui préfèrent largement les questions aux réponses. Or c'est exactement ce type de vérité religieuse, adaptée aux circonstances, que les médias véhiculent sous le nom d'"information". Le grand public est donc invité à admettre une idée de la vérité comme "l'information", par conséquent proche de celle en vigueur dans une salle de marché ou dans la cervelle d'un pigeon*.

    Bien sûr c'est notamment aux militaires que la société fait subir un tel conditionnement. L'éloge de l'instinct ou de la race nietzschéen est essentiel au bon fonctionnement d'une caserne, et tout bon officier supérieur sait en jouer, ainsi que d'un instrument de musique. Au stade de la folie meurtrière et du sadisme, les bornes sont dépassées, mais l'élan est commun. Qui croiera deux minutes qu'il ne faut pas pour assassiner dans le cadre légal des dispositions à peu près semblables à celles requises dans le cadre illégal ? On voit d'ailleurs souvent des commissaires de police exprimer leur respect pour le courage de certains truands, comme si le métier ou l'expérience leur permettait de prendre de la hauteur sur cette frontière invisible de la légalité.

    Cette folie, les pouvoirs politiques pensent toujours pouvoir l'encadrer, et qu'elle restera "ordinaire" ou mesurée, limitée au suicide des enfants par exemple, qui ne trouble pas outre mesure l'ordre social, relativement monstrueux dès lors qu'on accepte de le regarder en face, plutôt que d'accuser tel ou tel fou isolé de tous les vices.

    Bardamor

    *Cette conception totalitaire de la vérité sous la forme d'une somme d'informations n'est d'ailleurs plus seulement en vigueur dans les médias, mais aussi dans les centres administratifs en charge des arts plastiques en France, derrière l'incitation à développer les arts numériques. C'est d'autant plus frappant que l'intelligence artistique a toujours résisté au tour religieux qui consiste, comme E. Kant, à prêter à la personne humaine l'incapacité à raisonner en dehors du temps et de l'espace, notions abstraites surtout nécessaires à un robot, un chien de chasse ou un tireur d'élite. C'est donc une conception militante de l'art qui est défendue désormais par ses cadres supérieurs.

  • Le Populisme est une Femme de Ménage

    par Télémax

     

    L’actualité récente illustre à quel point convergent désormais la machine à rêves politique et le cinéma, sa petite sœur. Et même combien le fantasme possède un surcroît d’efficacité sur les anciens moyens d’oppression.

    La comparaison de la religion avec une drogue débouche sur le rêve, c’est-à-dire la capacité du clergé à endormir ses ouailles (pour le compte de la puissance publique, le plus souvent) ; le personnel républicain s’est substitué au clergé dans cette fonction au cours des derniers siècles, employant des méthodes et tenant un discours mieux adaptés à la métamorphose de l’économie occidentale, dont la conséquence la plus nette fut de démoder le modèle familial paysan.

    En résumé, on peut considérer le personnel républicain comme le clergé de l’ère industrielle, après l’exploitation agricole.

    La plongée toujours plus profond des nouveaux régimes bourgeois dans la religion, s’il est un historien qui l’a signalée, c’est bien K. Marx. Bien sûr sa démonstration n’est ni agréable ni agréée par les élites républicaines, qui prétendent a contrario éclairer les consciences ; mais cette prétention fut aussi du clergé chrétien auparavant, avec le résultat que l’on sait de constitutions politiques théocratiques sur la base de textes chrétiens qui proscrivent pourtant absolument de telles utopies.

    Cette parenthèse n’est pas inutile à plusieurs titres ; d’abord parce qu’il faut souligner le lien étroit de la puissance et du rêve.

    Erotique ou macabre, à l’instar du cinéma, le rêve exaltera la puissance d’autant plus que le désir du rêveur sera altéré.

    On peut s’interroger sur l’inconscient collectif d’une nation dévote comme les Etats-Unis, qui cultive autant les « arts virtuels » ? Se demander par ailleurs si d’autres pays, qui recherchent le divertissement dans une culture étrangère à la leur, ne vivent pas entièrement « par procuration ».

    Secundo, la sacralisation de l’Etat ou des institutions politiques, qui suppose aussi un calcul de la puissance et l’étalonnage des individus relativement à cette puissance, négation absolue de leur être, ce procédé n’a pas été inventé par le régime républicain, quoi qu’il soit parfaitement assumé dans la franc-maçonnerie, formule théocratique presque chimiquement pure.

    On remarque que le clergé chrétien a devancé la République sur cette pente anthropologique, qui conduit une civilisation occidentale arrogante à répéter l’idéologie de l’Egypte antique sous couvert du « progrès ». On discerne ainsi très nettement dans la notion de « grâce », et plus encore celle de « prédestination », du lexique janséniste ou protestant, une conception anthropologique analogue à celle requise par l’architecture juridique des régimes républicains totalitaires ultérieurement.

    L’anthropologie est un procès nécessaire pour élever la puissance de l’homme au niveau de celle de dieu ou de la nature, d’un roi ou d’une institution humaine.

    Ajoutons ici que l’échec récent de l’élitisme républicain est largement dû à une vocation religieuse et taboue..

    Si donc la « modernité » républicaine, notion quasiment cinétique ou statistique, peut servir à couronner un progrès, cela ne peut être que celui de l’enfoncement des nations dans une léthargie et une irresponsabilité toujours plus grandes, sous couvert de raffinement stylistique.

    Au passage précisons que l’autopsie de la tradition chrétienne par Marx, la mise à jour d’une culture paysanne ésotérique sous les ornements liturgiques chrétiens, a une dimension presque aussi prophétique que l’œuvre de Shakespeare ; bien que celui-ci demeure le plus grand adversaire du mysticisme et des rêves chrétiens de grandeur et de conquête. Il n’épargne en effet ni l’abus politique typique de l’ancien régime, ni l’abus sentimental dont la bourgeoisie fera un usage très large ; où mieux que dans le théâtre de Shakespeare les aspirations chrétiennes illégitimes sont-elles décrites comme l’axe du mal, la cause de l’aliénation particulière du monde moderne.

    Rabelais, Cervantès ou Molière se limitent en effet à cerner la bêtise de la morale chrétienne, l’appui de cette volonté d’ignorance sur l’élitisme clérical, mais sans atteindre la même hauteur de vue historique que le tragédien anglais.

    Contrairement à la gnose existentialiste identitaire, la critique marxiste est entièrement dépourvue d’office pour aucun parti. Elle s’écarte radicalement de toute forme d’art libéral ou de toute fonction organisatrice. Ce qui n’est pas le cas, on vient de le voir, du rêve ou de la volonté de puissance. Metteurs en scène et producteurs, dans la coulisse, sont de plus grands démiurges que les acteurs politiques sous les projecteurs. Il faudrait écrire l’histoire du XXe siècle, le plus virtuel, où chaque propriétaire s’autorise à devenir un assassin dès lors que sa propriété est menacée, à travers le cinéma et le divertissement et non plus les hommes d’Etat ou les maréchaux.

    Dans cet état de coma particulier où le monde a glissé peu à peu, devenant une immense salle de projection pour privilégiés, les organes politiques au sens traditionnel sont comme accidentés et inertes, en voie de décomposition.

     

    Les tribulations érotico-judiciaires de Dominique Strauss-Kahn à New York ont entraîné une courbe d'audience record, un désir violent cristallisant de plus petits appétits.

    Les mœurs des grands de ce monde, dépassant des coulisses, instruisent mieux des réalités de la vie politique que les vies tièdes ou sado-masochistes du citoyen lambda.

    Le sadisme est, en effet, dénué de tartufferie, c’est-à-dire de principes religieux. Pour une raison facile à comprendre : ceux-ci ont pour fonction l’asservissement des masses aux élites politiques, à l’origine des règles morales. En tous temps, les élites ont été les plus libres de devoirs. Les droits des masses industrieuses s’arrêtent où commence la propriété des élites, qui s’étend désormais jusqu’au domaine intellectuel.

    Quant à « l’exemplarité des élites », ce slogan républicain, au pays de Rabelais et Molière, prête à sourire, qu’il s’agisse d’exemplarité morale, civique, et même scientifique. L’élitisme républicain se situe à peu près au niveau de la musique de chambre ou de l’opéra, de la coupe du monde de football aujourd’hui.

    Le comble de l’élitisme est sans doute d’imputer à la plèbe les tares sociales qui, méthodiquement et mathématiquement, lui sont inculquée par sa caste dirigeante.

    Si les élites républicaines s’avèrent incapables d’infléchir le cours de plus en plus vulgaire et mercantile de la culture, c’est parce que la culture n’est en réalité qu’un instrument de subornation analogue à ce que furent les traditions religieuses autrefois.

    La meilleure preuve en est l’imperméabilité de la culture à la critique, exactement sur mode dogmatique des régimes théocratiques. Ce qui est de l’ordre de la justification ne supporte pas la critique. Et la culture comme la religion relève de la justification. Elle oppose le mystère à la critique.

    La culture épouse d’ailleurs comme le folklore religieux les contours de la propriété. Il n’y a pas de conception plus dévoyée de l’art.

    C’est pourquoi il n’y a pas d’histoire de l’art républicain ou capitaliste possible. La critique ferait perdre aux fétiches et aux vases sacrés leur fonction mobilisatrice, ce pouvoir magique sacré que le simple décret permet de conférer à peu près à n’im-porte quelle poterie ou croûte sans intérêt. En matière d’art sacré, qu’importe le vin, pourvu qu’on ait l’ivresse de la messe.

    L’écrivain anarchiste Alphonse Allais a développé à travers de petits contes ironiques une critique subtile de l’art moderne bourgeois, qui, en un mot, ne s’est pas laissé abuser par la dimension religieuse du fétichisme bourgeois. C’est un exemple rare et isolé, qui n’a rien perdu de son incorrection, et explique sans doute le mépris assez général de l’Université républicaine à son égard, véritable machine à décerner à tout ce qui bouge des labels de « modernité ».

    Marx et Engels, pour leur part, ont plus précisément souligné le caractère d’ésotérisme juridique de l’esthétique national-socialiste de Hegel. Cette critique permet de discerner l’origine paysanne de toute forme de mysticisme religieux ; et que la modernité républicaine ne consiste jamais que dans l’éternel retour des valeurs paysannes primitives.

    Il faut voir, et c’est surtout aux opprimés de le remarquer, puisque l’intelligence dessert les intérêts du clergé ou de l’intelligentsia, que le mouvement de sympathie des élites républicaines pour les cultures primitives :

    1. Répond au besoin d’exploitation du tiers-monde. La flatterie remplace la pacotille.

    2. Consacre la coïncidence entre l’aspiration érotique et macabre des régimes républicains occidentaux, et cette même aspiration dans les cultures paysannes primitives.

    Ainsi, lorsqu’une élite est massacrée par le peuple et sa religion arasée, au cours de la révolution française, russe, etc., c’est la loi du hasard ou de « l’arroseur-arrosé » qui s’applique.

    Il n’y a aucun progrès à attendre, ni déclin, de ce phénomène biologique. Les castes dirigeantes avaient fait leur temps ; leurs rêves avaient perdu toute leur force d’entraînement.

    La politique est toujours ramenée sur terre par le phénomène biologique. La guerre, l’holocauste, sont d’ailleurs des solutions finales d’ordre culturel. Le socialisme est le régime, non pas de la révolution permanente, mais de l’holocauste permanent. Les philosophies, le plus souvent matérialistes, qui rejettent la notion de civilisation ou de modernité, refusent aussi de se soumettre au principe sacrificiel. L’odyssée n’est pas un mythe par hasard ; on constate qu’Ulysse est en butte aux sermons du clergé depuis Platon, à cause de son individualisme. Insoumis à la loi du nombre, Ulysse vaut mieux que toute l’espèce achéenne. Et pour mieux insister sur la bêtise du raisonnement spécial ou organique, propre à la morale, Homère l’a attribué à Achille, berné par le jeu de miroir de l’âme et de l’au-delà, soumis au compte à rebours.

    Il faut interroger la religion ou la société qui impose à ses enfants des super-héros nietzschéens, c’est-à-dire des super-flics, papes, « rois très chrétiens », chevaliers de la Table Ronde imbéciles… pour le compte de qui ?

    Comment expliquer, dans le cadre officiel d’une utopie démocratique égalitaire, la persistance d’Etats dont la puissance n’a rien à envier à ceux de l’Ancien régime ? Comment l’expliquer, si ce n’est par le fait que ces Etats opèrent comme de gigantesques pompes à désirs, les aspirant puis les redistribuant en fonction des appétits, non à proportions égales.

    Les Etats modernes ont atteint un tel niveau de puissance, que tout en demeurant sacré, le chef de l’Etat n’est plus qu’une marionnette aux bras courts. La République pourrait fredonner : « Mon Dieu, quel homme, quel petit homme j’ai épousé ! »

    Les tyrans plus sardanapalesques ou œdipiens ne subsistent plus, au contraire, que dans les régimes faibles.

    *

    Un tel écho pour une anecdote si petite illustre aussi la vocation de vidéo-surveillance des médias. Même les élites ne parviennent plus à y échapper. C'est l'effet boomerang du « politiquement correct ». Le civisme ou le lien social a pour fonction de tenir autrui « en respect », au sens policier du terme. Nous sommes tous invités à être concierges ou flics.

    Et si, d'objets de dévotion, les politiciens passent vite au statut d'objets répugnants, par la grâce de l'appareil médiatique, c'est l'instabilité de la libido de l'électeur qui l'impose ; elle impose de renouveler constamment la fiction ; le personnel politique doit endosser sans cesse de nouveaux rôles ou costumes, faire preuve d'aptitude à composer des mélodies nouvelles.

    Dans les régimes antérieurs, où l'oppression procédait moins de la psychologie et du rêve que de la violence physique, l'instabilité politique était provoquée par la classe oisive des aristocrates, dont le mode de vie était propice au rêve. Les politiciens les plus habiles ont toujours su détourner la menace de sédition que ces catégories désœuvrées faisaient peser sur le pouvoir, à l'aide de chiffons rouges. L’Occident enrichi, avec ses désirs et ses spéculations plus ou moins erratiques, représente à l’échelle mondiale cette menace.

    Imputer comme Nietzsche à l'anarchisme la destruction de la civilisation est une erreur d'appréciation d’ordre psychologique. Il n'y a pas de stratégie de pouvoir ou de domination qui ne finisse par se retourner, en définitive, contre son instigateur. La plus grande puissance avoisine la plus grande faiblesse. Comme dit un moraliste plus lucide que Nietzsche : « Plus le métal de la civilisation brille, plus la rouille est proche. »

    Dans le registre opposé à celui de la liberté qu’est le registre de la puissance, on comprend que le rêve était appelé à jouer un rôle décisif d’écran ; que Shakespeare ait pu deviner la menace de raz-de-marée contenue dans les rêveries religieuses ou politiques et leur opposer son matérialisme.

    Seul un irresponsable peut décréter le mal une chose banale, avec le cynisme absolu de Pangloss. Car cette banalité une fois admise, l’homme n’a plus aucun motif valable d’être ; une somme de petites lâchetés et renoncements à la liberté formeront son destin. Massacres au sein de l’espèce humaine et suicides collectifs deviennent non moins rationnels et nécessaires que n’importe quel banquet culturel ; ils ne dépendent plus que du penchant naturel ou du bon plaisir de chacun.

     

    Paru dans « Au Trou » n°25 : Le fanzine au dessus des parties !

  • Athéisme & Anarchie

    Par Télémax, paru dans « Au Trou !? » n° 24

     

    La question de l'athéisme est sous-jacente à celle de l'anarchie dans la mesure où ce courant de pensée joue un rôle de critique de la puissance publique. Tout ce qui a trait à la puissance a toujours eu et conserve dans l’opinion publique un caractère divin, sacré ou mystique : foudre, force mécanique, armes, orages, marée, mais aussi langage, institutions, énergie, argent, etc.

    Depuis la nuit des temps, la puissance publique n'a de cesse, en effet, de s'appuyer sur la religion et d'édifier des idoles afin d'endormir le peuple et le rassurer sur son avenir. Que la guerre soit au corps à corps, l’épée à la main, ou qu’elle soit plus médiatique et économique, la mobilisation générale exige une religion et des prêtres.

    Il faut faire une place à part dans l’histoire moderne à des athées, comme D. Diderot ou F. Nietzsche, L. Feuerbach, dont les pamphlets et les analyses ne remettent pas en cause le principe de l’exercice de la puissance publique, mais seulement ses modalités. Mieux vaut les tenir pour les instigateurs de réformes religieuses. Le doute qu’on peut avoir si Diderot ou Nietzsche sont bien athées tient à ce que, loin d’être irréligieux, ils prônent une morale rénovée.

    Contre l’ancien code moral chrétien qu’il estime désuet, Diderot cherche par exemple à ériger sa propre morale philosophique, sachant bien la difficulté qu’il y aura à remplacer les anciennes idoles chrétiennes par de nouvelles ; le culte de l’art - autrement dit la « culture » - étant le mieux à même de se substituer à l’ancienne liturgie. La culture permet en effet, par les formes apparemment plus variées qu’elle propose, de satisfaire des dévotions personnelles plus diverses, répondant ainsi à l’embourgeoisement de la société occidentale où chacun désire un autel, non plus commun, mais conforme à ses goûts particuliers ou son identité. L’uniformité vers laquelle tend la culture comme la religion, restera le plus souvent masquée à ses adeptes.

    Bien qu’il ne soit pas athée, J.-J. Rousseau développe des idées morales guère éloignées de celle de son ami-ennemi Diderot.

    Ainsi c’est plus la question du rapport à dieu ou à la puissance qui compte ici, la possibilité de faire évoluer ce rapport, que la nature ou la forme de dieu, comparée à celle de la puissance publique.

    Ce qui est frappant dans le nazisme, et plus encore chez F. Nietzsche, c’est l’anachronisme de leur tentative de réforme religieuse. Car la métamorphose économique de la société, de tous temps la principale raison d’adapter les mœurs et la religion, se déroule sous les yeux de Diderot, Rousseau, Voltaire ; naturellement, ils s’efforcent donc de la comprendre ou de lui donner un sens. Tandis que Nietzsche, lui, est un réactionnaire attardé : il y a beau temps que l’oligarchie bourgeoise a pris en main les rênes du pouvoir lorsqu’il s’insurge contre le cynisme libéral, et que l’épopée sanglante napoléonienne, l’esclavage des mineurs, les guerres coloniales, ont ravalé les idéaux des Lumières françaises au rang de la catéchèse républicaine.

    Il n’est pas inintéressant de relever ici, afin d’introduire un deuxième volet consacré plus directement à l’aspect thérapeutique de la religion, que la constance de la nation allemande à se maintenir « en dehors de l’histoire », à perpétuer notamment une philosophie morale encore plus surannée que celle de Platon n’a pas infléchi l’esprit d’entreprise allemand, bien au contraire. Comme quoi la bêtise est une condition économique ou politique nécessaire. Moins archaïque que tous les Nietzsche, Hegel, Heidegger, mais aussi beaucoup moins rassurant, plusieurs siècles avant notre ère, Aristote remarque déjà que l’homme n’est pas fait pour le travail, qui contredit sa physiologie.

    Le nom m’échappe de cet anarchiste pacifiste qui prônait lors de la ruineuse construction de la ligne Maginot de se laisser plutôt envahir par l’Allemagne, le cas échéant ; en arguant de la supériorité de la culture française (alors moins copiée sur celle des Etats-Unis), à laquelle l’Allemagne ne tarderait pas à se rallier, son élite étant largement francophile.

    En réalité, la culture dominante comme la religion dominante traduit toujours la volonté de la nation ou de la classe sociale la plus puissante, donc des vainqueurs en cas de guerre. Il existe d’ailleurs un équivalent de la prédestination et de la grâce, martingales des religions archaïques, sur le plan de la culture, c’est l’idée mystique du « génie artistique », théorie dont les racines sont enfouies comme tous les mystères religieux au plus profond des entrailles de la terre.

    *

    Athée ou critique beaucoup plus drastique de la religion, K. Marx compare ainsi la religion à l’opium (drogue du bonheur, à laquelle la sécrétion d’endorphine lors d’une activité physique intense peut suppléer, ou bien la réaction à un fort stress). Il n’y a pas dans cette comparaison une simple formule destinée à marquer les esprits, mais une métaphore matérialiste fondée sur la biologie. Le processus d’adhésion à la religion repose, comme le processus sentimental, sur un phénomène chimique. Le sentimentalisme qui transpire de la culture républicaine ou libérale de droite comme de gauche, exprime à lui seul la religiosité débordante de la société capitaliste ; un fétichisme plus sénile qu’infantile.

    C’est l’endroit d’indiquer le rôle thérapeutique des religions, consolantes et motivantes, chargées le plus souvent de donner « un sens à la vie ». Cela est cause de la vénération des thaumaturges dans les régimes théocratiques. En revanche l’ironie à l’égard des médecins, plus fréquente dans la littérature occidentale, de Molière à Jules Romain en passant par B. Cendrars, A. Allais ou L. Bloy, a sans doute un caractère anarchiste ; les compétences techniques des médecins n’y sont pas seulement remises en causes.

    Probablement le savant anglais Francis Bacon Verulam est-il le seul à avoir assez d’audace pour souligner le rôle ésotérique de la médecine… sous l’abord de son inefficacité à obtenir pour l’homme l’immortalité, somme toute le but le plus raisonnable qui puisse être assigné à la science médicale. Bacon rédige cet aphorisme : « Rencontrant un peintre qui voulait changer de métier et se faire médecin, je le félicitai de choisir une discipline où sa maladresse serait moins visible. » Il raille ici un art et une science qui ne se donnent que des obligations de moyen, non de résultat.

    Si les relations sentimentales et l’activité culturelle ou artistique, tout comme la religion, remplissent une fonction quasiment antalgique, compte tenu de l’appui de l’architecture politique sur ces piliers que sont les relations sentimentales, la culture, la religion, la production au sens le plus aristocratique comme le plus banal, on est de fait en droit de s’interroger sur les visées de la médecine officielle du corps ou de l’âme. Du moins peut-on ici remarquer que la douleur, chez l’homme, est plus psychologique que strictement corporelle.

    L’aspect thérapeutique ou « vitaliste » des régimes théocratiques se retrouve d’ailleurs dans le symbolisme des rituels religieux, le plus souvent à connotation alimentaire ou sexuelle.

    L’anthropophagie, réelle ou simulée, a bel et bien un aspect rituel ou sociologique. On pourrait poser l’équation qu’une société tend d’autant plus vers le cannibalisme ou l’holocauste qu’elle est, comme une sangsue, assoiffée d’énergie ou de sang. On a sans doute atteint le niveau le plus bas de l’humanisme ou de l’intelligence occidentale avec le national-socialisme ou le libéralisme, ce modèle de l’animal, bête à concours, sous-jacent de ces cultures, ignorant dieu mais craignant l’homme, on ne peut plus déterminé par la puissance et les éléments naturels.

     

    Il est nécessaire d’insister sur l’intérêt de ne pas séparer la critique de la religion de celle du pouvoir sous toutes ses formes : aussi bien les institutions politiques que l'argent ou le langage. Ainsi K. Marx fait d'une pierre deux coups, incitant à voir la religion et le pouvoir comme des phénomènes naturels, quasiment biologiques, par-delà les mystères revendiqués par les religions ou la politique, voire certains économistes libéraux ; l’ésotérisme religieux ou politique se nourrit essentiellement de paradoxes issus de la nature ; plutôt que d’élucider ces phénomènes, elle en cultive le clair-obscur ou l’opacité par le biais de l’algèbre et la statistique, érigées en science.

    Et le clergé républicain n’a de cesse de qualifier l’ingénierie de « science dure », afin d’en mieux dissimuler la malléabilité et la subjectivité quasi parfaite ; au point que la théorie moderne du « voyage dans le temps » possède un caractère de spéculation au moins aussi intense que le savoir de Dante Alighieri, mélange bizarre de christianisme et de franc-maçonnerie, ou encore la conception mathématique du purgatoire selon Galilée.

    Marx n’a pas dû être peu surpris, lui qui est d’une famille juive, de mettre petit à petit à jour en la disséquant, derrière la doctrine juridique national-socialiste de G.W.F. Hegel, le vieux truc de la « loi morale naturelle »... datant des pharaons.

    Un tel ésotérisme se retrouve aussi dans la littérature française, chez Montesquieu notamment (« De L’Esprit des Lois »), mais aucun moraliste n’atteint le degré de sophistication de la modernité selon Hegel. En effet celui-ci parvient à enterrer habilement le point de vue historique occidental, assez largement prophétique, sous un entrelacs de spéculations religieuses typiquement germaniques. Alors que le droit et l’histoire sont donc comme l’eau et l’huile, Hegel parvient à les assembler grâce au tour de passe-passe suivant : comme le droit et la morale ont la propriété d’évoluer sans cesse en fonction de l’âge des civilisations et de leurs systèmes de production ou d’exploitation propres, Hegel affecte ce mouvement, comme un coefficient de marée, à l’histoire, et même à l’art, qu’il ne conçoit pas autrement que « sacré » ; c’est simple, mais encore fallait-il y penser.

    La philosophie de Hegel est le meilleur exemple qu’on puisse trouver de gnose national-socialiste ou républicaine destinée à servir les intérêts du capitalisme, après les efforts du clergé chrétien en faveur des régimes monarchiques, notamment britanniques ou français ; l’étrange théocratie que Shakespeare s’efforce de dénoncer dans son antithéâtre, notamment à travers ses portraits d’éminences grises catholiques démoniaques (Wolseley, Th. More, Polonius, etc.)

    Au vieux dogme chrétien « Hors de l’Eglise, point de salut. », généralement utilisé à des fins de propagande qu’il ne permet pas, Hegel substitue un « Hors de l’Etat, point de salut. », encore plus draconien, et que les économistes complèteront par « Hors de la statistique, point de salut. ». Il n’y a pas d’élucidation de l’histoire chez Hegel, mais une chronologie, un simple enchaînement de faits présentés et organisés entre eux a posteriori, au hasard. L’histoire devient « le destin des nations », théorie qui dispense le clergé républicain de toute autocritique.

    *

    Aucune âme n’échappe au destin ou au rêve de puissance des nations à l’infini, même si les plus tièdes subissent moins que d’autres l’enfer.

    Il faut ici bien comprendre la fonction religieuse de l’animisme ou du relativisme, son usage pratique en termes d’oppression politique : dès lors que, dans l’inconscient collectif ou personnel, tous les points de vue se valent, de facto la loi de l’élite ou du groupe le plus puissant s’impose d’autant mieux.

    Un exemple : les points de vue et opinions, folklores, couleurs de peau et identités des populations du tiers-monde sont respectées… tant que ces populations ne menacent pas les intérêts des puissances occidentales. Le respect de l’autre est une façon de le tenir en respect.

    Marx met en lumière la tartufferie du discours élitiste, qui vise avant tout à tenir ou conserver une position sociale au moyen des plus hypnotiques artifices religieux. Ainsi on comprend que le discours culturel de l’élite prépare le lit du populisme et des révolutions. Il inculque notamment aux masses l’irresponsabilité, la foi abrutissante dans un avenir meilleur.

    La religiosité et l’idolâtrie sans bornes du libéralisme, que Marx qualifie de « fétichisme », transpirent d’ailleurs de tous les pores de l’idéologie physiocratique sur laquelle les Etats modernes sont appuyés.

    La mise en perspective de l’homme comme une « bestiole religieuse » relie le marxisme au matérialisme antique d’Aristote. On comprend ici pourquoi certains marxistes ont pu mettre en doute l’hypothèse évolutionniste de Darwin ; celle-ci a en effet pour corollaire l’idée de progrès religieux ou culturel, quand le matérialisme incite à voir au contraire dans le tour religieux ou culturel des civilisations un signe de leur déclin.

    Le matérialisme place l’individu au-dessus des civilisations, qui n’accouchent en définitive que de cadavres exquis.

    Il importe de comprendre ici l’erreur d’appréciation nietzschéenne ou fachiste, fondée sur la nostalgie de la civilisation et le dégoût du mercantilisme ; de comprendre aussi pourquoi cette erreur était prédestinée à se répandre comme une traînée de poudre dans une société capitaliste infantilisante, bien qu’elle se propose d’en inverser le cours, mais seulement sous forme de slogans ou de vagues principes de développement personnel, qui laissent la foi libérale plus pragmatique, et donc plus efficace, intacte.

    L’erreur est de dénier au libéralisme le caractère religieux ou moral. Bien qu’elle n’a pas vocation apparente de communion religieuse, qui peut nier l’influence décisive de la publicité sur les mœurs et les comportements ?

    Nietzsche part donc d’une conception quasiment hystérique ou sentimentale de la morale, spirituelle alors qu’elle a une vocation essentiellement pratique. L’animal sauvage, dont l’existence est entièrement subordonnée à la survie, mène une vie parfaitement conforme à l’éthique de son espèce ; il mène une existence qu’on peut qualifier « d’obsessionnelle », afin d’indiquer le caractère de moralisme exacerbé de l’aliénation.

    Une meilleure connaissance de la condition ouvrière aurait peut-être permis à Nietzsche de constater que la bourgeoisie libérale a suscité des générations d’ouvriers pétris de puritanisme. Celui-là qui mène une existence entièrement réglée par la morale pure, c’est-à-dire sans bénéficier des avantages qu’une condition sociale plus élevée procure, ignore qu’il est manipulé, et par qui ou quoi. C’est ce couvercle religieux que Marx s’efforce de soulever, non pas par le biais d’une contre-culture adolescente nietzschéenne, mais en faisant table rase de la culture, ayant compris que la métamorphose religieuse ne peut déboucher que sur un produit culturel de plus en plus dégradé, et ne permet pas de s’arracher au cercle vicieux de la religion, au gré duquel se délite la liberté.

  • Le grand Pan

     

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    D’après François Bacon Verulam

     

    Avec le personnage de Pan, les anciens ont donné une très exacte description de toute la nature. Ils ont laissé dans le doute son origine. Les uns affirment en effet qu’il a été engendré par Mercure, les autres lui attribuent une origine tout à fait différente ; ils disent que Pénélope coucha avec tous ses prétendants et que Pan fut le fils commun issu de ces accouplements mêlés. Mais, dans ce dernier récit, le nom de Pénélope a sans doute été rajouté à la fable originale par des auteurs plus récents ; et il est d’ailleurs fréquent que les plus anciens récits soient adaptés à des personnages et des noms qui leur sont postérieurs, parfois de façon stupide et absurde, comme on peut le voir ici, puisque Pan était l’un des dieux les plus anciens ; il remonte à des temps bien antérieurs à ceux d’Ulysse et surtout Pénélope était vénérée dans l’antiquité pour sa fidélité conjugale. Nous ne devons pas non plus négliger une troisième explication de sa génération : certains en effet l’ont tenu pour le fils de Jupiter et de Hybris, c’est-à-dire de l’Outrage. Quelle que fut son origine, on racontait qu’il avait les Parques pour sœurs.

    Voici l’image de Pan, telle que les anciens l’ont dépeinte : il portait des cornes, dont le sommet s’élevait jusqu’aux cieux. Son corps était entièrement couvert de poils et hirsute, sa barbe d’une longueur extrême. Sa figure était double ; humaine dans sa partie supérieure, mais pour moitié animale, et elle se terminait par des pieds de chèvre. Comme signes de son pouvoir, il tenait dans sa main gauche une flûte, faite de sept tuyaux, et dans la droite une sorte de crosse ou bâton recourbé par le haut ; une peau de léopard lui sert d’habillement. Quant aux pouvoirs et aux fonctions qu’on lui attribuait, il était regardé comme le dieu des chasseurs et même des pasteurs, et en général des habitants de la campagne. Il présidait aussi aux montagnes. Il était messager des dieux, ainsi que Mercure, et immédiatement après lui pour la dignité. On le regardait comme le chef et le général des nymphes qui dansaient perpétuellement autour de lui. Il avait aussi pour cortège les satyres, et les silènes beaucoup plus âgés qu’eux. On lui attribuait le pouvoir d’envoyer des terreurs, surtout des terreurs vaines et superstitieuses, qui de son nom ont été appelées paniques. Les actions qu’on rapporte de lui sont en assez petit nombre ; on dit surtout qu’il défia à la lutte Cupidon, par lequel il fut vaincu ; qu’il embarrassa le géant Typhon dans des filets et le tint assujetti. On raconte de plus que Cérès étant triste et affligée de l’enlèvement de Proserpine, comme les dieux la cherchaient avec inquiétude et s’étaient pour cela dispersés sur différents chemins, Pan fut le seul qui eut le bonheur de la trouver, étant à la chasse, et de la leur montrer. Il osa aussi disputer à Apollon le prix de la musique, prix que Midas, choisi pour arbitre, lui adjugea, ce qui valut à ce roi des oreilles d’âne, mais ces oreilles étaient cachées. On ne suppose pas à Pan aucunes amours, du moins il en eut peu, ce qui peut paraitre assez étonnant dans la troupe des dieux qui, comme l’on sait, prodiguait si aisément ses amours. On dit seulement qu’il aima Echo, qui fut aussi regardée comme sa femme, et une autre nymphe appelée Syrinx, dont Cupidon, pour se venger de ce qu’il avait osé le défier à la lutte, le rendit amoureux. On prétend qu’autrefois il évoqua la lune dans de hautes forêts, et qu’il n’eut pas non plus d’enfants, ce qui n’est pas moins étonnant, attendu que les dieux, surtout les mâles, étaient merveilleusement prolifiques, si ce n’est qu’on lui donne pour fille une certaine femmelette qui était servante et se nommait Iambe, femme qui ordinairement amusait ses hôtes par des contes plaisants, et qu’on croyait un fruit de son mariage avec Echo.

     

    Pan, comme le dit son nom même, représente l’univers ou l’immensité des choses. Or, il y a, et il peut y avoir, sur l’origine du monde deux sentiments différents ; ou il est sorti de Mercure, c’est-à-dire du Verbe divin, ce que l’Ecriture-sainte met hors de doute, et ce qu’ont vu les philosophes mêmes, du moins ceux qui ont été regardés comme les plus appliqués à la théologie, ou alors il est provenu des semences confuses des choses. En effet, quelques philosophes ont prétendu que les semences des choses sont infinies, même en substance ; d’où est dérivée cette hypothèse des Homoiomères, qu’Anaxagore a ou inventée ou rendue célèbre. Quelques-uns cependant, doués d’une plus grande pénétration, pensent que c’est assez, pour expliquer la variété des composés de supposer que les principes des choses sont identiques quant à la substance et ne diffèrent que par leurs figures, mais par des figures fixes et déterminées, et que tout le reste ne dépend que de leurs situations respectives et de la manière dont ils se combinent ; source d’où est émanée l’hypothèse des atomes qu’adopte Démocrite, après que Leucippe l’eût inventée. Mais d’autres n’admettaient qu’un seul principe, lequel, selon Thalès, était l’eau, selon Anaximène l’air, et selon Héraclite le feu ; et néanmoins ce même principe, ils le croyaient unique, quant à l’acte, mais variable en puissance et susceptible de différentes modifications, et tel que les semences des choses s’y trouvaient cachées. Mais ceux qui à l’exemple de Platon et d’Aristote, ont supposé une matière totalement dépouillée de qualités, sans forme constante et indifférente à toutes les formes, ont beaucoup plus approché du sens de la parabole ; car ils ont regardé la matière comme une sorte de femme publique, et les formes comme les prétendants. En sorte que toutes les opinions sur les principes des choses reviennent à ceci et se réduisent à cette distribution : le monde a pour principe, ou Mercure, ou Pénélope et ses prétendants. Quant à la troisième génération de Pan, elle est de telle nature qu’il semble que les grecs, soit par l’entremise des Egyptiens, soit de toute autre manière, aient eu quelques connaissance des mystères des Hébreux. Elle se rapporte à l’état du monde, considéré, non tel qu’il était à son origine, mais tel qu’il fut après la chute d’Adam, c’est-à-dire lorsqu’il fut devenu sujet à la mort et à la corruption ; et cet état fut, en quelque manière, fils de Dieu et de l’injure, c’est-à-dire du péché ; il subsiste même aujourd’hui, car le péché d’Adam tenait de l’injure, puisqu’il voulait se faire semblable à dieu. Ainsi ces trois sentiments sur la génération de Pan sembleront vrais, si l’on distingue avec soin les temps et les choses. En effet, ce Pan, tel que nous l’envisageons en ce moment, tire son origine du Verbe divin, moyennant toutefois la matière confuse, qui était elle-même l’ouvrage de Dieu, la prévarication, et par elle la corruption, s’y étant introduites.

     

    Les destins, ou les natures des choses, sont avec raison regardées comme sœurs. Car, par ce mot de destins sont désignés leurs commencements, leurs durées et leurs fins, ainsi que leurs accroissements et leurs diminutions, leurs disgrâces et leurs prospérités ; en un mot, toutes les conditions de l’individu ; conditions pourtant qu’on ne peut reconnaitre que dans un individu d’une espèce noble, tel qu’un homme, une ville, ou une nation. Or, c’est Pan, ou la nature des choses, qui fait passer ces individus par des conditions si diverses ; en sorte que, par rapport aux individus, la chaine de la nature et le fil des Parques ne sont qu’une et même chose. De plus, les anciens ont feint que Pan demeure toujours en plein air, que les Parques habitent un souterrain, et qu’elles volent vers les hommes avec la plus grande vitesse parce que  la nature et la face de l’univers sont visibles et exposées à nos regards, au lieu que les destinées des individus sont cachées et rapides. Que si l’on prend ce mot de destinée dans une signification plus étendue et qu’on entende par là quelque espèce d’évènement que ce puisse être, et non pas seulement les plus frappants, néanmoins, en ce sens-là même, ce nom convient fort bien à la totalité des choses, au grand tout, attendu que, dans l’ordre de la nature, il n’est rien de si petit qui n’ait sa cause, et au contraire rien de si grand qui ne dépende de quelque autre chose ; en sorte que l’assemblage de la nature, renferme en son sein toute espèce d’évènement, le plus grand comme le plus petit, et qu’elle le produit en son temps d’après une loi dont l’effet est certain. Ainsi rien d’étonnant, si l’on a supposé que les Parques étaient les sœurs de Pan, et ses sœurs très légitimes, car la fortune est fille du vulgaire et ne plait ordinairement qu’aux esprits superficiels. Certes, Epicure ne tient pas seulement un langage profane ; mais il me parait extravaguer tout-à-fait, lorsqu’il dit : « qu’il vaut mieux croire la fable des dieux, que supposer un destin ; » comme s’il pouvait y avoir dans l’univers quelque chose qui, semblable à une île, fût détaché de la grande chaine des êtres. Mais Epicure, comme on le voit par ses propres paroles, a accommodé et assujetti sa philosophie naturelle à sa morale, ne voulant admettre aucune opinion qui pût affliger, inquiéter l’âme, et troubler cette euthymie dont Démocrite lui avait donné l’idée. C’est pourquoi, plus jaloux de se bercer dans de douces pensées que capable de supporter la vérité, il secoua entièrement le joug, et rejeta la nécessité du destin aussi bien que la crainte des dieux. Mais en voilà assez sur la fraternité de Pan avec les Parques.

     

    Si l’on attribue au monde des cornes plus larges par le bas et plus aigües à leur sommet, c’est que toute la nature des choses est comme aigüe et semblable à une pyramide ; car le nombre d’individus qui forment la large base de la nature est infini. Ces individus se réunissent en espèces, qui sont aussi en grand nombre ; puis les espèces s’élèvent en genre, lesquels, à mesure que les idées se généralisent, vont en se resserrant de plus en plus, en sorte qu’à la fin la nature semble se réunir en un seul point ; et c’est ce que signifie cette figure pyramidale des cornes de Pan. Mais il ne faut pas s’étonner que ces cornes, par leur extrémités, touchent au ciel, attendu que les choses les plus élevées de la nature, c’est-à-dire les idées universelles, touchent en quelque manière aux choses divines. Aussi avait-on feint que cette fameuse chaine d’Homère, c’est-à-dire celle des causes naturelles, était attachée au pied du trône de Jupiter. Et comme il est facile de s’en assurer, il n’est point d’homme, traitant la métaphysique et ce qu’il y a dans la nature d’éternel et d’immuable, et détournant un peu son esprit des choses variables et passagères, qui ne tombe aussitôt dans la théologie naturelle, tant le passage du sommet de cette pyramide à Dieu même est rapide et facile.

     

    C’est avec autant d’élégance que de vérité qu’on représente le corps de la nature comme hérissé de poils, par suite de ces rayons qu’on trouve partout ; car les rayons sont comme les crins, comme les poils de la nature, et il n’est rien qui ne soit plus ou moins rayonnant. C’est ce qui est très sensible dans la faculté visuelle, ainsi que dans toute vertu magnétique et dans toute opération à distance. Mais la barbe de Pan surtout a beaucoup de saillie, parce que les rayons des corps célestes, et principalement ceux du soleil, exercent leur action de fort loin ; et cette action pénètre fort avant, et cela au point qu’ils ont travaillé et totalement changé la surface de la terre, et même son intérieur jusqu’à une certaine profondeur. Or, la figure qui concerne la barbe de Pan est d’autant plus juste que le soleil lui-même, lorsque sa partie supérieure étant couverte par un nuage ses rayons s’échappent par-dessous, semble avoir une barbe.

     

    C’est aussi avec raison que le corps de la nature est représenté comme participant de deux formes, vu la différence des corps supérieurs et des corps inférieurs ; car les premiers, à cause de leur beauté, de l’égalité, de la consistance de leur mouvement et de leur empire sur la terre et les choses terrestres, sont fort bien représentés par la figure humaine, la nature humaine participant de l’ordre et de la domination. Mais les derniers, à cause de leur désordre et de leurs mouvements peu réglés, et parce qu’ils sont en bien des choses gouvernés par les corps célestes, peuvent être désignés par la figure d’un animal brute. De plus, cette duplicité de forme se rapporte à l’enjambement réciproque des espèces ; car il n’est pas dans la nature d’espèce qui paraissent absolument simple ; mais chaque espèce participe de deux autres et semble en être composée. L’homme, par exemple, tient quelque peu de la brute, la brute quelque peu de la plante, la plante quelque peu du corps inanimé. Et à proprement parler, tout participe de deux formes, tenant et de l’espèce inférieure et de l’espèce supérieure, dont elle n’est que l’assemblage. Or, la parabole des pieds de chèvre représente fort ingénieusement l’ascension des corps subtils vers les régions de l’atmosphère et du ciel, où ils demeurent ainsi suspendus, et de là sont précipités vers la région inférieure plutôt qu’ils n’en descendent ; car la chèvre est un animal qui aime à gravir, à se suspendre aux rochers, à s’attacher aux corps pendant sur des précipices. C’est ce que font aussi tous les corps, même ceux qui sont destinés au globe inférieur. Aussi n’est-ce pas sans raison que Gilbert, qui a fait de si laborieuses recherches sur l’aimant, et cela en procédant par la voie expérimentale, a fait naitre ce doute, savoir : si les corps graves placés à une grande distance de la terre ne perdraient pas peu à peu leur mouvement vers le bas.

     

    On place dans les mains de Pan deux attributs : l’un est celui de l’harmonie, l’autre celui de l’empire. Il est manifeste que la flûte à sept tuyaux représente le concert et l’harmonie des choses, ou cette combinaison de la concorde avec la discorde, résultante du mouvement des sept étoiles errantes ; car on ne trouve point dans le ciel d’autres écarts que ceux des sept planètes, écarts qui, tempérés par l’égalité des étoiles fixes et la distance perpétuellement invariable où elles sont les unes des autres, peuvent bien être la cause et de la constance des espèces et de l’instabilité des individus. Mais il existe quelques planètes plus petites qui ne soit point visibles, s’il y a dans le ciel quelque changement plus considérable, tels que peuvent être ceux qu’y occasionnent certaines comètes plus élevées que la lune, ce sont comme autant de flûtes, ou tout-à-fait muettes, ou dont le son est de peu de durée, attendu que leur action ne parvient pas jusqu’à nous ou qu’elle ne trouble pas longtemps cette harmonie des sept tuyaux de la flûte de Pan. Le bâton recourbé, qui est un attribut du commandement, est une élégante métaphore pour figurer les voies de la nature, lesquelles sont en partie droites et en partie obliques. Et si c’est principalement à son extrémité supérieure que ce bâton ou cette verge est recourbée, c’est parce que les desseins de la providence s’exécutent par des détours et des circuits, en sorte que ce qui semble se faire est tout autre chose que ce qui se fait ; signification toute semblable à celle de la parabole de Joseph vendu en Egypte. Il y a plus, dans tout gouvernement humain, ceux qui sont assis au gouvernail, lorsqu’il s’agit de suggérer et d’insinuer au peuple ce qui lui est utile, y réussissent mieux à l’aide de prétextes et par des voies obliques que par les voies directes ; et ce qui peut paraitre étonnant, c’est que dans les choses purement naturelles on réussit mieux en trompant la nature qu’en voulant la forcer. Tant il est vrai que les choses qui se font trop directement sont maladroites et se font obstacles à elles-mêmes, au lieu que les voies obliques et d’insinuation font que les choses coulent plus doucement et obtiennent plus sûrement leur effet ! Rien de plus ingénieux encore que la fiction qui suppose que le manteau et l’habit de Pan est une peau de léopard, vu ces espèces de taches qu’on trouve partout dans la nature. Car le ciel, par exemple, est tacheté d’étoiles, la mer est tachetée d’îles, et la terre l’est de fleurs. Il y a plus, les corps particuliers sont presque tous mouchetés à leur surface, qui est comme le manteau, l’habit de la chose.

     

    Quant à l’office de Pan, il n’est rien qui l’explique mieux et qui le peigne plus au vif que de supposer qu’il est le dieu des chasseurs ; car toute action, et par conséquent tout mouvement et tout état progressif, n’est autre chose qu’une chasse. Par exemple, les sciences et les arts chassent aux œuvres qui leur sont propres ; les conseils humains chassent à leur buts respectifs, et toutes les choses naturelles chassent à leurs aliments pour se conserver, et à leurs voluptés, à leurs délices pour se perfectionner. Car toute chasse a pour objet une proie ou un divertissement, et cela par des moyens ingénieux et pleins de sagacité.

     

    Pan est aussi le dieu des habitants de la campagne parce que les hommes de cette classe vivent plus selon la nature, au lieu qu’à la ville la nature est corrompue par l’excessive culture ; en sorte que ce vers du poète qui peint si bien les effets de l’amour s’applique aussi à la nature, à cause des raffinements de cette espèce : Pars minima est ipsa puelle sui. (la pauvre enfant n’est plus que la moindre partie d’elle-même. Ovide) 

     

    Pan est dit présider aux montagnes, parce que sur les montagnes et autres lieux élevés la nature, se développant mieux, est plus exposée à nos regards et à nos observations. Or, que Pan soit, immédiatement après Mercure, le messager des dieux, c’est là une allégorie tout-à-fait divine, attendu qu’immédiatement après le verbe divin, l’image même du monde est l’éloge le plus magnifique de la sagesse et de la puissance divine ; et c’est ce que le poète divin a ainsi chanté : « Les cieux mêmes chantent la gloire de Dieu, et le firmament annonce les œuvres de ses mains. » Psaumes 18 : 2.

    Ces nymphes qui divertissent le dieu Pan, ce sont les âmes, car les délices du monde sont comme les délices des êtres vivants. C’est avec raison qu’on le regarde comme leur chef, attendu que, dansant pour ainsi dire autour de lui, chacune comme à la manière de son pays et avec une variété infinie, elles se maintiennent ainsi dans un mouvement perpétuel. C’est aussi avec beaucoup de sagacité que certain auteur moderne a réduit au mouvement toutes les facultés de l’âme et a relevé la précipitation et le dédain de quelques anciens qui, envisageant et contemplant d’un œil trop fixe la mémoire, l’imagination et la raison, ont oublié la force cogitative qui joue le principal rôle. Car se souvenir et même n’avoir qu’une simple réminiscence, c’est penser ; et raisonner, c’est encore penser. Enfin, l’âme, soit qu’on la suppose avertie par les sens ou abandonnée à elle-même, soit qu’on la considère dans les fonctions de l’entendement ou dans celles des affections et de la volonté, danse pour ainsi dire à la mesure de nos pensées ; c’est ce qui est figuré par cette danse des nymphes. Ces satyres et ces silènes qui accompagnent perpétuellement le dieu Pan, ce sont la jeunesse et la vieillesse ; car il est dans toutes les choses de ce monde, un âge de gaîté et d’activité, et un autre âge où elles soupirent après le repos et aiment à boire. Or, aux yeux de tout homme qui se fait des choses une juste idée, les goûts de ces deux âges peuvent paraitre quelque chose de difforme et de ridicule, comme le sont les satyres et les silènes.

     

    Quant à l’allégorie des terreurs paniques, elle renferme un sens très profond ; car la nature a mis dans tous les être vivants la criante et la terreur en qualité de conservatrice de leur vie et de leur essence, et pour les porter à éviter et à repousser tous les maux qui les affligent ou les menacent. Cependant cette même nature ne sait point garder de mesure, et à ces craintes salutaires elle en mêle de vaines et de puériles, en sorte que, si l’on pouvait pénétrer dans l’intérieur de chaque être, on verrait que tout est plein de terreurs paniques, surtout les âmes humaines, et plus que tout encore le vulgaire, qui est prodigieusement agité et travaillé par la superstition (laquelle au fond n’est autre chose qu’une terreur panique), principalement dans les temps de détresse, de danger et d’adversité. Et ce n’est pas seulement sur le vulgaire que règne cette superstition ; mais des opinions de ce vulgaire, elle s’élance dans les âmes des plus sages ; en sorte qu’Epicure, s’il eût réglé sur un même principe tout ce qu’il a avancé sur les dieux, eût tenu un langage vraiment divin lorsqu’il a dit « que ce qui est profane, ce n’est pas de nier les dieux du vulgaire, mais bien d’appliquer aux dieux les opinions de ce même vulgaire. »

     

    Quant à l’audace de Pan et à cette présomption qu’il eut de défier Cupidon à la lutte, cela signifie que la matière n’est pas sans quelque tendance, sans quelque penchant à la dissolution du monde, et qu’elle le replongerait dans cet ancien chaos si la concorde, qui prévaut contre elle et qui est ici figuré par l’Amour ou Cupidon, en mettant un frein à sa malice et à sa violence, ne la forçait pour ainsi dire à se ranger à l’ordre. Ainsi, c’est par un destin propice aux hommes et aux choses, ou plutôt par l’infinie bonté de l’Etre suprême, que Pan a le dessous dans le combat et se retire vaincu. C’est ce que signifie aussi cette allégorie de typhon embarrassé dans ses rets ; car, quoique toutes choses soient sujettes à des gonflements prodigieux et extraordinaires, et c’est ce que signifie ce mot de Typhon, soit que la mer, la terre ou les nuages qu’on voit s’enfler, c’est en vain qu’en s’enflant ainsi elles s’efforcent de sortir de leurs limites ; la nature les embarrasse dans un rets inextricable et les lie en quelque sorte avec une chaine de diamant.

     

    Or, quand on attribue à ce dieu le bonheur d’avoir trouvé Cérès, pendant une chasse, en refusant cette chance aux autre dieux, on nous donne en cela un avertissement très sage et très fondé ; c’est que, s’il s’agit de l’invention de toutes les choses utiles, soit aux nécessités, soit aux agréments de la vie, il ne faut nullement l’attendre des philosophes abstraits (qui sont comme les grands dieux), y employassent-t-ils les forces de leur esprit, mais de Pan, c’est-à-dire de l’expérience unie à une certaine sagacité, et de la connaissance universelle des choses de ce monde, laquelle assez ordinairement rencontre des inventions de cette espèce par une sorte de hasard et comme en chassant. Les plus utiles inventions sont dues à l’expérience, et sont comme autant de présents que le hasard a faits aux hommes.

     

    Quant à ce combat musical et à son issue, il nous présente une doctrine bien capable d’inspirer de la modération et de donner des liens à la raison et au jugement de l’homme lorsqu’il s’abandonne trop à ses goûts et à sa présomption. En effet, il parait y avoir deux espèces d’harmonie et pour ainsi dire de musique, savoir : celle de la sagesse divine et celle de la raison humaine ; car, au jugement humain et en quelque sorte aux oreilles humaines, l’administration de ce monde et les jugements les plus secrets de la Divinité ont je ne sais quoi de dur et de discordant : genre d’ignorance qui est avec raison figuré par les oreilles d’âne. Mais ces oreilles, c’est en secret qu’on les porte et non en public ; ce genre de difformité, le vulgaire ou ne l’aperçoit pas, ou ne le remarque point.

     

    Enfin, il n’est pas étonnant qu’on n’attribue à Pan aucunes amours, si ce n’est son mariage avec Echo ; car le monde jouit de lui-même et en lui-même jouit de tout. Or, qui aime veut jouir ; mais au sein de l’abondance il n’est plus de place pour le désir. Ainsi le monde ne peut avoir ni amour ni désir, vu qu’il se suffit à lui-même, à moins qu’on  ne le dise amoureux des discours. Et c’est ce que représente la nymphe Echo, qui n’est rien de solide, et se réduit à un pur son. Si ces discours sont un peu soignés, ils sont alors figurés par Syrinx ; je veux dire les paroles qui sont réglées par certains nombres, soit poétiques, soit oratoires, et qui forment une sorte de mélodie. C’est donc avec raison que, parmi les discours et les voix, l’on choisit Echo pour la marier avec le monde ; car la vraie philosophie, après tout, c’est celle qui rend fidèlement les paroles du monde même, et qui est en somme écrite sous sa dicté, qui n’en est que le simulacre, l’image réfléchie, qui n’y ajoute rien du sien, et se contente de répéter ce qu’il dit et de faire entendre précisément le même son. De plus, lorsqu’on feint qu’autrefois Pan évoqua la lune dans de hautes forêts, cette fiction désigne le commerce des sens avec les choses célestes ou divines. Car autre est le commerce de la lune avec Endymion, autre son commerce avec Pan. Quant à Endymion, elle s’abaisse à venir d’elle-même le trouver durant son sommeil. C’est ainsi que les inspirations divines s’insinuent dans l’entendement assoupi et dégagé des sens. Mais si elles sont comme invitées et appelées par les sens (que Pan représente ici), alors elles ne nous donnent plus que cette faible lumière, Quale sub incertam lunam, sub luce malignâ, Est iter in sylvis. (Tel, lorsqu’un voile épais des cieux cache l’azur, au jour pâle et douteux de leur lumière avare, dans le fond des forêts le voyageur s’égare. Virgile).

     

    Que le monde se suffise à lui-même et ait tout ce qu’il lui faut, c’est ce qu’indique la fable en disant qu’il n’engendre point. En effet, le monde engendre par parties ; mais comment par son tout pourrait-il engendrer, vu que, hors de lui, il n’est point de corps ?

     

    Quant à cette femmelette, à cette Iambe, fille putative de Pan, c’est une addition fort judicieuse à la fable. Elle représente toutes ces doctrines babillardes sur la nature des choses, qui vont errant ça et là dans tous les temps : doctrines infructueuses en elles-mêmes, qui sont comme autant d’enfants supposés, agréables quelques fois par leur babil, mais quelquefois aussi importunes et fatigantes.

     

  • Orphée, ou la philosophie.

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    D’après François Bacon Verulam

     

    Orphée ayant eu sa bien aimée ravie par la mort, résolut de descendre aux enfers pour essayer à l’aide du pouvoir de sa harpe de la récupérer. Et en effet il parvint si bien à adoucir et apaiser les puissances du mal par les douces mélodie de sa harpe et de sa voix qu’il obtint d’elles le privilège de la reprendre à la condition expresse qu’elle le suive et qu’il ne se retourne pas pour s’en assurer, jusqu’à ce qu’ils atteignent la lumière du jour. Mais, rendu impatient par la tendresse et l’affection, et croyant le danger passé, il se retourna. Ainsi la consigne étant  rompue, elle fut précipitée à nouveau chez Pluton. A partir de ce moment Orphée devenu pensif et triste, ennemi déclaré du sexe, se réfugia dans la solitude. De là, par le même pouvoir de sa harpe et de sa voix, il attira des bêtes sauvages de toutes sortes autour de lui, lesquelles oubliant leur nature, ni poussées par la revanche, la cruauté, la luxure, la faim ou le désir de proie, se tinrent devant lui comme subjuguées, apprivoisées, captivées par la musique.  La puissance et l’efficacité des harmonies de cette musique fut telle que même les arbres et les pierres en vinrent à se déplacer et venir se ranger autour de lui. Après un certain temps de cette pratique admirable la femme Thrace, poussée par Bacchus, se mit à souffler si outrageusement dans une trompette que cela couvrit presque entièrement la musique d’Orphée. Ainsi la puissance, qui servait de lien à leur société et qui tenait les choses en ordre, étant dissolue, la perturbation et le désordre de nouveau apparurent, chaque créature retournant à son état naturel, se mit à poursuivre et traquer son voisin comme auparavant. Les pierres et les forêts reprirent leurs anciennes places. Et même Orphée fut à la fin mis en pièces par les furies et ses membres répandus à travers le désert. Mais pour venger sa mort la rivière Hélicon, sacré des muses, se cacha sous la terre pour en ressortir en d’autres lieux. 

     

     

    Voici quel parait être le vrai sens de cette fable. La musique d’Orphée est de deux sortes. L’une qui apaise les puissances de l’enfer, et l’autre qui rassemble les bêtes sauvages et les arbres. La première est reliée à une philosophie de la nature tandis que la seconde l’est à une philosophie morale et politique.

    Car le but le plus élevé de la philosophie est de rétablir entièrement les choses corrompues en les ramenant à leur premier état ou de les conserver dans leur état actuel en les préservant de toute dissolution, ou du moins en retardant leur putréfaction, ce qu’on peut regarder comme le premier et le plus faible degré de l’effet à produire. Or, si une telle entreprise n’est pas impossible, il est évident qu’on ne peut l’exécuter que par une judicieuse combinaison des substances et des forces contraires de la nature habilement tempérées les unes par les autres, combinaison élégamment figurée par les doux accords et la savante harmonie de la lyre d’Orphée. Cependant une telle entreprise étant toute hérissée de difficultés, rarement les tentatives en ce genre sont heureuses. La cause de ces mauvais succès n’est autre, selon toute apparence, que la précipitation, la minutieuse exactitude, la pesante assiduité et le désir excessif d’être instruit avant le temps ; d’où il arrive que la philosophie, après avoir manqué le but, affligée avec raison de l’impuissance de ses efforts, se tourne vers les choses humaines, et, subjuguant les âmes par la douceur de l’éloquence et par la force de persuasion, y insinue l’amour de la vertu, de la justice et de la paix, engage les hommes à se réunir pour ne plus former qu’un seul corps, à subir le joug sacré des lois, à se soumettre à l’autorité d’un gouvernement, à réprimer la violence de leurs passions, à écouter les sages maximes que la philosophie leur enseigne et à les suivre pour leur propre utilité. Lorsque ces leçons de la philosophie fructifient, des édifices s’élèvent, des villes sont fondées, des champs ensemencés, des arbres plantés ; travaux élégamment figurés par ces arbres et ces pierres qui viennent se poser et se ranger avec ordre autour d’Orphée. C’est encore avec beaucoup de jugement et de méthode que l’inventeur de cette fable suppose que les philosophes ne sont occupés de la formation ou de la conservation des sociétés humaines qu’après avoir entrepris de restaurer entièrement ou de rajeunir un corps mortel, et avoir manqué tout-à-fait le but ; car c’est une considération plus sérieuse et un sentiment plus profond de l’inévitable nécessité de mourir qui excite les hommes à aspirer avec tant d’ardeur à un autre genre d’éternité en éternisant leur nom par des actions, des productions ou des services qui laissent un long souvenir. C’est encore avec fondement que le poète feint qu’Orphée, après avoir sans retour perdu son épouse, eut de l’aversion pour les femmes et le mariage ; car les douceurs du mariage et les tendres sollicitudes attachées à la paternité sont autant d’obstacles qui détournent les hommes des hautes entreprises et les empêchent de rendre à leur patrie ces services mémorables dont nous venons de parler, parce qu’alors, contents de se perpétuer par leur race et leur postérité, ils sont moins jaloux de s’immortaliser par de grandes actions. Cependant quoique les œuvres de la sagesse politique tiennent le premier rang parmi les choses humaines, leurs effets ne s’étendent que sur certaines contrées, ils n’ont qu’une durée limitée, et la période où leur influence est circonscrite une fois révolue, tout s’efface à jamais ; car après que les empires, soit royaumes, soit républiques, ont fleuri et prospéré pendant un certain temps, la paix y est troublée par des révoltes, des séditions, des guerres ; au bruit des armes les lois se taisent, et les hommes retournant à leurs inclinations dépravées, les champs sont ravagés et les villes renversées. Peu de temps après, si ces fureurs sont de quelques durée, les lettres mêmes et la philosophie sont tellement déchirées qu’il n’en reste plus que quelques fragments dispersés comme les débris d’un naufrage et où se trouvent quelques planches sur lesquelles se sauvent un petit nombres de vérités précieuses, et alors règne l’ignorance avec la barbarie, l’Hélicon dérobant ses eaux à la lumière et coulant sous terre. Cependant, en conséquence de la vicissitude naturelle des choses humaines, au bout d’un certain temps ces eaux se font jour encore à la surface et y coulent de nouveau, mais dans d’autres lieux et pour d’autres nations. 

  • Dédale, ou le mécanicien.

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    d'après François Bacon Verulam

    Les anciens ont voulu représenter sous le personnage de Dédale, homme à la vérité très ingénieux et très inventif, mais dont la mémoire doit être en exécration, la science, l’intelligence et l’industrie des mécaniciens, des artistes ou des artisans, mais appliqué à de criminels usages ; en un mot, l’abus qu’on peut en faire, et même qu’on en fait que trop souvent. Ce Dédale, après avoir tué son condisciple et son émule, ayant été obligé de s’expatrier, ne laissa pas de trouver grâce devant les rois des autres pays et d’être traité honorablement dans les villes qui donnèrent asile. Il inventa et exécuta une infinité d’ouvrages mémorables, soit en l’honneur des dieux, soit pour la décoration des villes et des lieux publics ; mais cette grande réputation qu’il avait acquise, il la devait moins à ces ouvrages estimables qu’au criminel emploi qu’il avait fait de ses talents ; car ce fut sa détestable industrie qui mit Pasiphaé à portée d’avoir un commerce charnel avec un taureau ; et ce fut à son pernicieux génie que le Minotaure, qui dévora tant d’enfants de condition libre, dut son infâme et funeste origine. Puis ce mécanicien, ne réparant un mal que par un mal plus grand, et entassant crime sur crime, imagina et exécuta le fameux labyrinthe pour la sûreté de ce monstre. Par la suite, Dédale n’ayant pas voulu devoir sa réputation uniquement à des inventions et des ouvrages nuisibles (en un mot ayant voulu fournir lui-même des remèdes au mal qu’il avait fait, comme il avait précédemment fourni des instruments au crime), ce fut encore à lui qu’on dut l’ingénieuse idée de ce fil à l’aide duquel on pouvait suivre tous les détours du labyrinthe et le parcourir en entier sans s’y perdre. La justice de Minos s’attacha longtemps à poursuivre ce Dédale avec autant de diligence que de sévérité ; mais toutes ces perquisitions furent inutiles ; le mécanicien trouva toujours des asiles et échappa à toutes les poursuites de ce juge inexorable. Enfin, lorsque Dédale voulut apprendre à son fils* l’art de traverser les airs en volant, celui-ci, quoique novice dans cet art, s’éleva trop haut et fut précipité dans la mer.

     

    Voici quel parait être le sens de cette parabole ; elle commence par une observation très judicieuse sur cette honteuse passion qu’on voit souvent régner entre les artistes distingués par leur talents et qui les domine à un point étonnant ; car il n’est point de jalousie plus âpre et plus meurtrière que celle des hommes de cette classe ; observation suivie d’une autre destinée à montrer combien cette punition de l’exil, infligée à Dédale, était peu avisée et mal choisie. En effet les artistes, les artisans et les gens de lettres distingués sont accueillis honorablement chez presque toutes les nations, en sorte que l’exil est rarement pour eux un véritable châtiment ; car les hommes des autres professions ou conditions ne tirent pas aussi aisément pati de leurs talents hors de leur patrie, tandis que l’admiration qu’excitent les hommes de talent et leur renommée se propage et s’accroît plus facilement en pays étrangers, la plupart des hommes étant naturellement portés à donner la préférence aux étrangers sur leur concitoyens relativement aux ouvrages et aux productions de ce genre.

     

    Ce que cette fable dit ensuite des avantages et des inconvénients des arts mécaniques est incontestable. En effet, la vie humaine leur doit presque tout. Elle leur doit tout ce qui peut contribuer à rendre la religion plus auguste, à donner au gouvernement plus de majesté et à nous procurer le nécessaire, l’utile ou l’agréable. Car c’est de leurs trésors que nous tirons tout ou presque pour satisfaire nos vrais et nos faux besoins. Cependant, c’est de la même source que dérivent les instruments de mort. Car sans parler de l’art des courtisanes et de tous ces arts corrupteurs qui leur fournissent des armes, nous voyons assez bien combien les poisons subtils, les machines de guerre et autres fléaux de ce genre ( que nous devons au génie inventif des mécaniciens et autres physiciens), l’emportent par leurs effets meurtriers sur l’affreux Minotaure.

    Le labyrinthe est un emblème très ingénieux de la nature de la mécanique prise en général. En effet, les inventions et les constructions les plus ingénieuses de cette sorte peuvent être regardées comme autant de labyrinthes, vu la délicatesse, la multitude, le grand nombre, la complication et l’apparente ressemblance de leurs parties, dont le jugement le plus subtil et l’œil le plus attentif ont peine à saisir les différences. Assemblages où, sans le fil de l’expérience, on court le risque de se perdre. C’est avec autant de justesse et de convenance qu’on ajoute dans cette fable que ce fut le même homme qui imagina tous les détours du labyrinthe et qui donna l’idée de ce fil à l’aide duquel on pouvait le parcourir sans s’y perdre. Car les arts mécaniques ayant leurs inconvénients ainsi que leurs avantages sont comme autant d’épées à deux tranchants qui servent tantôt à faire le mal, tantôt à y remédier. Et le mal qu’ils font parfois balance tellement le bien qu’ils peuvent faire que leur utilité semble se réduire à rien. Les productions nuisibles des arts et les arts eux-mêmes, lorsqu’ils sont pernicieux de nature sont exposés aux poursuites de Minos, c’est-à-dire à l’animadversion ( la répulsion) des lois qui les condamnent, les punissent et les interdisent au peuple. Cependant, en dépit de toute la vigilance du gouvernement, ils trouvent toujours moyen de se cacher et de se fixer dans les lieux mêmes d’où l’on veut les bannir. Ils trouvent partout une retraite et un asile. C’est ce que Tacite lui-même observe très judicieusement sur un sujet très analogue à celui-ci, je veux dire sur les mathématiciens et les tireurs d’horoscopes : « classe d’hommes, dit-il, qu’on voudra sans cesse chasser de notre ville et qui y restera toujours. »

    Cependant les arts néfastes ou frivoles de toutes espèces, qui font toujours de magnifiques promesses, ne tenant presque jamais parole, se discréditent tôt ou tard, en conséquence de leur étalage même. Et, s’il faut dire la vérité tout entière à ce sujet, le frein des lois serait toujours insuffisant pour les réprimer, si la vanité même de ces charlatans ne désabusait tôt ou tard l’homme du commun auquel ils ont d’abord fait illusion. 

     

    * ce fils n’est autre que Icare.

  • Thiton, ou la satiété.

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     D’après François Bacon Verulam


    Une fable très ingénieuse dit que l’Aurore aima Tithon et que souhaitant vivre éternellement avec lui, elle supplia Jupiter d’accorder à son amant le don de l’immortalité ; or, par une étourderie assez ordinaire chez une femme, elle oublia de demander aussi qu’il fût exempt de vieillir. En conséquence Tithon, devenu immortel, mais vieillissant de plus en plus et accablé des maux de la vieillesse qui allaient toujours grandissant (la mort qui lui était refusée ne pouvant y mettre fin), devint le plus malheureux des hommes. Heureusement pour lui, Jupiter le prit en pitié et le changea en cigale.

     Cette fable est un emblème ingénieux de la volupté et de ses inconvénients. En effet, la volupté, à ses débuts, qu’on peut regarder comme son aurore, est si agréable aux hommes qu’ils souhaiteraient que ces jouissances fussent éternelles, oubliant trop vite que tous ces plaisirs doivent finir par l’ennui et le dégoût, qui est comme la vieillesse de la volupté. En sorte qu’à la fin, les hommes n’étant plus capables de jouissances effectives, mais n’ayant perdu que le pouvoir de jouir, sans en avoir perdu le désir et la volonté, aiment en général à parler des plaisirs qu’ils ont goûtés dans la force de l’âge, se contentant alors de simples discours sur ce sujet et de ces jouissances idéales. C’est ce qu’on observe surtout chez les hommes très portés sur le sexe et chez les guerriers de toute sorte. Les premiers dans leur vieillesse aiment les discours obscènes, et les derniers, au même âge, se plaisent à raconter leurs prouesses ; en quoi les uns comme les autres ressemblent aux cigales dont toute la force est dans la voix !

     

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  • ECRIRE OU N'ÊTRE PAS

    « William Shakespeare est sans comparaison possible le meilleur William Shakespeare, mais il fait un Proust hésitant, incomplet, amnésique, il est un Diderot décevant, un Faulkner vraiment trop approximatif et, quitte à passer pour un présomptueux, je trouve même que comme Eric Chevillard, il ne me vaut pas. »

    Si Shakespeare valait tous les écrivains cités par Chevillard, lui y compris, on pense bien qu’il ne serait pas Shakespeare. L’ambigüité du propos de Chevillard n’est qu’un reflet de son hypocrisie ou tout au plus de sa bêtise. A moins que ce ne soit un éloge pudique rendu à S. Car ce dernier est déterminé, complet, historien, loyal, précis et jamais ambiguë. Peut-on lui reprocher d’être incompréhensible à un graphomane du 21ème siècle ? 

  • Ténébreuse Affaire

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    "Mais sous un angle européen, parler régions pour aborder le développement durable semble faire ses preuves: peut-être avez vous entendu parler des programmes INTERREG IV ou URBAN II? Si cela ne vous dit rien, retenez déjà ceci: «Think globally, act locally». Car le développement durable a beau être mondial, européen, ou régional, il est avant tout citoyen. Avez-vous éteint la lumière avant de sortir?"

    Tiré de l’article d’un journal sur l’internet nommé Europe. Penser globalement, agir localement, c’est exactement le mot d’ordre des nazis. Ce qui trompe c’est encore une fois ce terme de global. On voit que l’erreur (volontaire ?) de traduction au procès de Nuremberg sert à faire passer ce qui aurait sauté aux yeux. Goebbels s’était en effet dressé contre cette traduction, solution finale, car final indique une fin, un but, ce que n’implique pas les termes total et global. Autrement dit on fait endosser au régime nazi une intention qu’on ne semble pas vouloir assumer : éteindre la lumière derrière soi !

    Et effectivement quand on est dans les ténèbres on ne peut guère agir que localement, voire à tâtons.

  • AIMEZ LE JAPON OU QUITTEZ-LE !

     

    Paru dans Au Trou !? N°20

    par Bardamor

     

    On a beau, anarchiste, voir la civilisation comme un fantasme sado-maso, une superstition inculquée par les intellectuels au peuple afin de mieux le méduser, malgré ça il faut avouer que le suicide du Japon est un spectacle qui ne manque pas de panache.

    Et si toutes les nations, suivant l'exemple japonais, se sabordaient à leur tour les unes après les autres ? On aurait peut-être enfin la paix…

    Il se trouve sans doute en France quelques officiers de marine efféminés pour compatir sincèrement aux malheurs du Japon, contrairement aux hypocrites messages de condoléance des diplomates, pendant qu’on évacue les ressortissants français, journalistes en tête.

    Encore faut-il comprendre que la sincérité qui vient des tripes du matelot est très proche de la politesse japonaise, ou du fameux principe de l'enfoiré qui donne... au cas où il se retrouverait à son tour dans la merde.

    - Sur le caractère de « hara-kiri », d'abord, de la catastrophe japonaise : il faut comprendre que la course à l'armement technologique revient à la captation des puissances ou énergies naturelles. Le « génie civil » consiste à imiter ou reproduire les mouvements mécaniques ou chimiques.

    Or, le suicide ou l'« autosacrifice », nécessairement un geste rituel, consiste à retourner contre soi le moyen même, ou bien la puissance, qu'on a toujours poursuivie comme un mirage. Il n'est pas rare que le moyen même mis en œuvre par l'officiant pour s'immoler sur le bûcher des vanités indique à quelle divinité il est soumis ; ainsi le trésorier ou le rhéteur sera-t-il tenté par la corde, symbolique du lien social essentiel que constituent les mots ou l'argent.

    Il y a bien un aspect cinématographique ou « d'arroseur-arrosé » dans ces explosions nucléaires au pays du Soleil Levant où le culte de la lumière (solaire) vient de se retourner contre ses adeptes.

    - Rappelons ensuite l'hostilité française ancestrale au Japon et à ses traditions, à l’exception de quelques sado-masochistes, lubrifiés rien qu'à l'idée du rasoir ou de la corde.

    Selon une tradition française assez solidement établie, le « sens de l'honneur » n'est pas le propre des héros, comme au Japon, mais celui des cocus d'abord. On voit que l'adage français n'est pas loin de se réaliser puisque, comme « cocus de la modernité », on pourra peut-être bientôt décerner au Japon une médaille à titre posthume.

    Le caricaturiste Cabu, d'un reportage au Japon, tire l'enseignement touristique suivant : « Le Japon, c'est pas la peine d'y aller, c'est comme l'île Seguin en plus gros. »

    Pire encore et qui pourrait valoir à Cabu des poursuites judiciaires si Cabu s'appelait Eric Zemmour et émargeait au parti concurrent : « Le Japon, c'est comme la banlieue de Los Angeles. Mais dans la banlieue de Los Angeles, il y a un quartier japonais, tandis qu'au Japon, il n'y a QUE des quartiers japonais. »

    Paul Claudel fut ambassadeur au Japon. Bien qu’il soit comme F. Nietzsche le type même de l’homo refoulé amoureux de la Rome antique, on peut parier que sa correspondance cache quelque coup de poignard secret contre le Japon (Il n’est pas rare que deux paysans, exploitant deux cultures voisines, se « tirent la bourre ».)

    En feuilletant un livre de contes japonais pour enfants, je suis frappé par leur mélancolie, encore plus amère que la philosophie prussienne ; tandis qu'il y a un certain nombre de contes et de mythes anarchistes dans la tradition occidentale. Pas difficile avec ça pour le gouvernement japonais de recruter des kamikazes ou des volontaires pour le suicide nucléaire.

    Il n'y a personne de grotesque en France comme l'Empereur du Japon, sauf Jean d'Ormesson dans son costume d'académicien français, avec sa commisération débordante pour le Japon, pleine de conditionnels et de subjonctifs du passé. Sauf qu'il ne faut pas trop compter sur ce clown pour se faire « hara-kiri » pour autant.

  • Franche Cacophonie

    Non que je me juge tenu de rendre des comptes à qui ce soit, si ce n’est au Père Eternel, mais je me sens parfois de pouvoir aider mon prochain. Ainsi d’une soirée à laquelle j’ai assisté dernièrement. L’Institut français d’Ukraine organisait dans le cadre d’une semaine de la francophonie, genre de concept religieux républicain correspondant peu ou prou à la Pâques chrétienne (traversée du désert), une petite sauterie où se trouvait réunis cinq ou six écrivains francophones ou francophiles ayant en commun de ne pas posséder de passeport français comme votre serviteur. Six personnes en tout dont cinq femmes. Je disais cinq ou six écrivains car si j’ai bien suivi, une ou deux de ces dames étaient des traductrices ayant bien sûr commis dans leur prime jeunesse quelques poèmes mais rien d’actuel leur permettant d’accéder au statut tant envié d’Auteur, avec un grand A comme dans Amour, Anarchie ou encore A-la-tienne-Etienne. Au centre de la tablée en ligne, on avait installé Kourkov, l’auteur de roman de gare ukrainien, francophile, le tout faisant face au public composé, à mon insu, de sommités tels l’ambassadeur du Canada, l’attaché culturel française et je ne sais quel fonctionnaire suisse de la kulture ainsi que quelques clampin curieux et ne comprenant pas assez de français  et nous imposant une traduction qui nous fit perdre la moitié du temps imparti. La présentation dura de fait une bonne heure, usant ma patience que je soulageai en prenant des notes, exercice salvateur en ce genre de situation. Ainsi pris-je le temps de noter les talons de toutes ces dames, plus ou moins hauts, la suite me le prouva, en proportion de leur engagement politique (les plus hauts correspondants aux moins engagées). Autrices ou auteuses, je sais jamais, talonnées, écrivis-je donc sur le moment, et je peux rajouter aujourd’hui, talonnées par le temps. Quand enfin nous fûmes mis au courant des parcours et origines culturelles des unes et de l’autre, le traducteur se mit en devoir de devenir animateur en posant les questions les plus attendues possible. Devant la nécessité démocratique de laisser à chacun le droit de réponse pour chaque question, la traduction en sus, il s’avéra rapidement qu’à moins de commencer un roman sur le champ, j’allais plus avoir beaucoup d’observations nouvelles à me mettre sous la plume. Me connaissant, il devenait dès lors inévitable que j’intervinsse.

    N’étant pas dans mon porc intérieur issu du jambon de Jupiter, c’est en des termes interrogatifs simples et sincères que j’interrompis ce pénible questionneur pour lui prendre sa place, était-il possible au public de poser à son tour des questions, demandai-je en enrobant le tout de l’expression de mes sentiments les plus dévoués, agréés incontinent par le bonhomme après un échange rapide de regard avec son supérieur hiérarchique, le directeur exécutif de l’IF en personne, lui-même autorisé d’un vif coup d’œil par le véritable et vénérable directeur à savoir, l’attaché culturel de l’ambassade de France. Tout ceci fut assez rapide ne me laissant que le temps de poser la question la plus naturellement évidente qui me vint à l’esprit compte tenu de la liberté avec laquelle je m’étais autorisé à la ramener, à savoir qu’elle était donc cette liberté dont ces augustes travailleurs de la langue française avaient plein la bouche. Je le répète, ceci fut dit en des termes simples et dépourvus d'ironie ce qui me valu une salve d’applaudissement du public, que je fis d’ailleurs cesser par un mouvement d’épaule indisposé. J'allais quand même pas voler la vedette à nos invités  parfois venus de loin (Québec pour l’une) pour une question de simple bon sens.

    Ce fut l’auteuresse suisse qui fut désignée ou s’auto-désigna pour répondre. A ma grande stupeur, et ma gêne insondable, elle le fit en m’agrippant de la prunelle, me crochetant sans pitié de son regard mi-fromage mi-chocolat. Craignant le renvoi inconvenant qu’un tel mélange ne manque jamais de provoquer, je fis mine de prendre des notes afin de me libérer de cette étreinte romande et vache en l’occurrence. Certes je l’avais bien mérité et sans doute lui aurais-je reproché de m’éviter de l’œil mais il se pouvait trouver un compromis respectant et ma pomme et le public. Comme ce compromis ne lui venait pas à l’esprit et qu’elle s’égayait de plus en plus masochistement dans la boue stérile de la relativité einsteinienne, entérinée par toutes les banques de son pays, (chacun sa liberté etc.), je me lançais très charitablement à son secours en empruntant mon canasson préféré, à savoir: William Shakespeare. Ne voyez-vous pas, lui dis-je d’un air navré, que comme le dit Shakespeare par la voie et la voix d’Hamlet dans le célèbre monologue to be or not to be que la conscience, (parfois traduit en français par réflexion) fait de nous des lâches  ? ce à quoi elle répliqua que la réflexion pouvait aussi nous rendre courageux et que sa réflexion n’engageait qu’Hamlet. Merde alors ! m’exclamai-je en mon Lord intérieur bois précieux cuir de Russie. Aussitôt je m’employai à rectifier et de montrer que par exemple je n’avais guère moi-même réfléchis avant de prendre la parole au risque de passer pour un je-ne-sais-quoi, sans quoi je me fusse bien volontiers abstenu et ce d’autant plus que j’ignorais alors la présence de personnes fort capables de me nuire dans mon tort extérieur. On croit l’exemple contagieux, je connais même un type qui a cru bon d’offrir une récompense au savant capable de trouver le virus de l’exemple, mais c’est un tort. Car c’est au nom de la liberté qu’on me fit taire quand j’évoquais le libéralisme ordinaire nazi. Et c’est ainsi que je venais de prouver que son chacun sa liberté signifiait en vérité chacun son idée de la liberté.

    De fait la liberté est un concept religieux qui n’a rien à voir avec la libération chrétienne. Et d’ailleurs comme le fit remarquer l’auteur comptable Kourkov, elle n’a pas le même prix à Paris qu’à Moscou. En effet elle rapporte beaucoup plus à Moscou, et ce n’est pas son compère V. Sorokine qui dira le contraire, lui qui vend très bien sa contestation de Poutine à Paris, tout en restant tranquillement et confortablement dans son pays avec ses euros. A qui veut-on faire croire que la liberté existe si ce n’est à des esclaves ? La seule chose dont il vaille la peine de se libérer est notre condition humaine, et donc de la mort. Tout le reste est de la littérature de zombies faite par des zombies pour des zombies. Laissons les morts ennuyer les morts. Amen !

  • Chronique UA.

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    Lundi

    Rien que la liste sèche de l’actualité qui me touche mangerait toute la place que m’accorde mon rédac-chef bien-aimé : Japon, Lybie, Pays arabes, Afrique, France, Russie, Chine, etc. L’impression d’un foutu jeu de « unes » où le vrai Pouvoir (médiatique) bat les cartes pour en retourner une au hasard.

    Ma situation perso reflète un peu le bordel mondial, sauf que je sais couper mon téléphone le temps que change le temps et qu’Eole disperse les délétères nuages radioactifs de l’amour-propre.

     

    Mardi

    Une 16e expédition ukrainienne part pour l’Antarctique. Le pays pleure pour obtenir de l'Europe le pognon dont il a besoin pour ses infrastructures et envoie à grands frais des types vérifier ce qu’on sait depuis l’Antiquité, à savoir que l’eau tiède gèle plus vite que l’eau froide. Me doute que c’est qu’une excuse scientifique pour aller chercher du gaz ou du pétrole. Vu qu’ils ont hérité d'une station british (Faraday, sponsorisée par BP), tous les doutes sont permis.

     

    Mercredi

    Ma Pénélope a un pied dans la tombe (ses enfants, son talon d’Achille) ; je m’emploie donc à la dégager en tirant sur l’autre… tu parles d’un panard ! Elle refuse de laisser sa descendance à son cocu de mari, sous prétexte que la belle-mère aura tôt fait de se les approprier : pauvres gnards ! pas encore sujets de droit, et déjà objets de transaction.

     

    Jeudi

    En découvrant ma jeune protégée africaine assise dans ma bagnole, mon ex-femme ukrainienne born in  the USSR, qui avait besoin de mon passeport pour obtenir un visa français, s’est refusée à prendre le café avec moi sous prétexte que "I was sitting with a Negro".. Je pense qu’elle a voulu dire nigger à la façon dont sa bouche s’est tordue de mépris. Comme en français, c’est "négro" et non "nègre" qui est illégal,  je décide de l’aider à NE PAS obtenir le visa en question ; comme ça pas de risque d'embrouille à Roissy avec un préposé antillais maîtrisant mal la langue de Shakespeare. Ma charité dépasse les frontières de la France, puisque c’est tout l'espace Schengen qui lui sera inaccessible, le temps qu’elle déniche un fonctionnaire ukrainien corruptible, ce qui ne devrait pas trop tarder (chacun sait que les fonctionnaires français sont incorruptibles en dessous de quatre ou cinq chiffres).

     

    Vendredi

    L’hystérique Poutine fait sa crise de jalousie et annonce que la Russie, sa "matrie" (en russe le mot « patrie » vient du mot « mère »), abaissera ses barrières  douanières si l'Ukraine conclut un pacte commercial avec l’Europe.

     

    Samedi

    Je fais la connaissance au cours d’une petite sauterie organisée par l’Institut français de l’attachée culturelle, une rombière au sourire hypocrite et vaguement sado-maso (comme il se doit pour une attachée culturelle).

    L’auteur ukrainien de roman de gare traduits en français, A. Kourkov, m’ayant fait passer pour un anar, j’ai évoqué Brassens pour me… dédouaner.

    Vu que "Au Trou !?" est désormais traduit en russe par un blogueur, j’ai de plus en plus de mal à passer inaperçu. Pourvu que je ne m'autocensure pas !

     

    Dimanche

    La messe en russe vaut bien celle en latin pour ce qui est du mystère magique. Je m’y emmerde moins qu’avec ces foutus calotins maniaques de la francophonie.

  • Dialogue avec "L’Antéchrist"

     

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    Par TELEMAX paru dans AU TROU!? n° 17

     

    « Le parallèle entre le système hitlérien et la Rome antique serait incomplet s'il se limitait aux méthodes de la politique extérieure. Il peut s'étendre au-delà ; il peut s'étendre à l'esprit des deux nations. Tout d'abord, la vertu propre de Rome était la même qui d'un certain point de vue met l'Allemagne du XXe siècle au-dessus des autres nations, à savoir l'ordre, la méthode, la discipline et l'endurance, l'obstination, la conscience apportées au travail. La supériorité des armes romaines était due avant tout à l'aptitude exceptionnelle des soldats romains aux travaux ennuyeux et pénibles (...).

    Tant que la machine de l'Empire resta intacte, aucune fantaisie de la part des empereurs ne put en compromettre le fonctionnement efficace. Dans cet ordre de vertu, Rome a mérité les louanges ; mais elles doivent se borner là.

    L'inhumanité était générale dans les esprits et dans les mœurs. Dans la littérature latine on trouve peu de paroles qui rendent un véritable son d'humanité, tandis qu'on en trouve tant dans Homère, Eschyle, Sophocle et les prosateurs grecs (...) » Simone Weil

     

    Cette comparaison entre Rome et le régime nazi permet de caractériser Simone Weil comme l'anti-Nietzsche. Je cite le moraliste polonais à son tour :

    « On peut faire une assimilation parfaite entre le chrétien et l'anarchiste : leur but, leur instinct, c'est seulement la destruction. (...) Le chrétien et l'anarchiste : tous deux décadents, tous deux incapables d'agir autrement qu'en dissolvant, en empoisonnant, en rabougrissant, en suçant le sang, tous deux avec l'instinct de haine à mort contre tout ce qui se tient debout, se dresse dans sa grandeur, a de la durée, promet de l'avenir à la vie... Le christianisme a été le vampire de l’empire romain. (...) » (L'Antéchrist, 1895)

     

    Dans l'édition Flammarion que j'ai entre les mains, il faut dire que c'est une merveille d'hypocrisie la manière dont le traducteur et commentateur, Eric Blondel, contourne le problème de l'expression par Nietzsche des valeurs nationales-socialistes que sont le culte des héros, le millénarisme (séculier), la volonté de puissance, le goût de la « culture », vocable républicain pour désigner la religion, l'élitisme appuyé sur la médiocrité, sans oublier le darwinisme social. Qu’aurait pensé Nietzsche de tous les démocrates-chrétiens qui, aujourd’hui, lui tressent des couronnes de laurier, l’auguste Jean-Paul Marion en tête ? Peut-être aurait-il dû reconnaître son oubli de la contribution de l’hypocrisie et de l’opacité des comptes à la puissance des nations. Erreur qui fut celle-là même commise par le régime nazi. Le Capital se montre habile à se servir de la pensée réactionnaire comme d’une avant-garde. Y compris et surtout lors du processus de métamorphose révolutionnaire.

    Le darwinisme permet non seulement de comprendre la compatibilité du national-socialisme avec la philosophie morale libérale, mais aussi le rôle de « loi naturelle » déterminant qu’il joue, le choc inévitable entre le régime de droit darwinien et la loi naturelle islamique, moins anthropologique.

    Aucun édifice juridique ne peut se passer d'un principe légal mystique tel que le droit naturel, depuis l'Antiquité la plus reculée jusqu'à nos jours, afin de légitimer l’édifice et renforcer son caractère coercitif. Précisons pour mieux comprendre le rôle du darwinisme, que l'élaboration de la loi naturelle est vers quoi convergent tous les arts dits « anthropologiques », à commencer par la géométrie et l'algèbre.

    En effet le caractère divin des éléments naturels, pleinement assumé dans les religions théocratiques antiques, bien qu'artificieux, ce que laisse entrevoir la sacralisation de la fonction publique, parée d'attributs mystiques, s'est effacé au cours des siècles à mesure que l'anthropologie a évolué vers un raffinement toujours plus grand (même les rituels maçonniques inspirés de l’animisme égyptien paraissent aujourd’hui ringards).

    La loi naturelle darwinienne est adaptée à la nouvelle structure de droit identitaire ou existentialiste, notamment en Occident, ou peu d’individus sont consciemment disposés à se sacrifier au profit du corps social tout entier. Une certaine forme d’anarchie, insuffisante car le produit de l’abondance de biens en Occident, se situe à ce niveau, a contrario du sacrifice auquel l’esclave chinois est disposé de sa vie sur l’autel d’un futur abscons et desservi par un clergé dont les dents rayent le parquet.

    Nietzsche est par conséquent fondé à dire les chrétiens ou les anarchistes, voire les juifs, insoumis à la puissance publique et à ses effets ; encore une fois, le judaïsme (non pas le sionisme), s’appuie sur le genre viril, et la société n’admet pas cette position, bien que ce soit la raison du moindre mépris de Nietzsche vis-à-vis des juifs, et que sa haine vise surtout le Christ et les anarchistes.

    La remarque de Nietzsche n'a rien d'ailleurs d'extra-lucide en ce qui concerne le christianisme, puisqu'un lecteur moyen et honnête du Nouveau Testament pourra y lire partout le mépris exprimé par le Christ de toutes les institutions les plus temporelles, du mariage aux funérailles en passant par la fiscalité, jusqu’aux institutions politique et religieuse elles-mêmes. Mieux, on voit le Christ s'opposer brutalement à l'instinct de ses apôtres qui les ramène à la puissance : désir de gloire ou réaction de violence physique de Pierre, notamment. Sans doute une lecture un peu plus attentive est-elle requise pour comprendre que, de tous les « forfaits » commis par le Christ, l’acte le plus subversif ou antisocial est son mépris de la mort. Aucun système moral ne peut s’en passer, ni par conséquent de clergé d’aucune sorte, chargé de le faire respecter. Bien que la loi naturelle vise le meilleur équilibre politique ou social, elle recèle une pulsion macabre.

    On fait croire à l’individu dans un tel système qu’il est un sujet de droit, à travers diverses manifestations mystiques, alors qu'il n'y a, en droit, que des objets. Ce tour de passe-passe est certainement le biais par où l'anthropologie et la puissance publique s'érodent le plus.

    Si le diagnostic de Nietzsche est juste d'un christianisme opérant un renversement des effets de la puissance publique, en revanche l'étude psychologique du christianisme, qui ne l'est pas du tout, lui fait commettre un certain nombre d'erreurs d'appréciation. Ainsi il n'y a pas de volonté de destruction du monde à proprement parler dans le christianisme ou l'anarchie, mais l’effort pour s’en affranchir. Du moins en ce qui concerne l’anarchie, il faut être assez naïf comme Ben Laden pour ne pas voir que sa tactique est utopique, propre à servir autant au renforcement de la puissance qu'à l'anéantir.

    Prolongeant ultérieurement ce dialogue, nous verrons comment la religion de paysan de F. Nietzsche a pu s’imposer dans le monde moderne capitaliste, largement coupé de la nature.

  • Science ou Magie?

     

     

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    Par Télémax, paru dans  Au Trou !? n°18

     Notre propos est ici de remettre en question la fable libérale ou républicaine d'une science moderne appuyée principalement sur la raison et le scepticisme. En partant d'un essai consacré à Francis Bacon Verulam, présumé « père fondateur de la science moderne », par Mickaël Popelard (PUF, 2010).

    Cet ouvrage a le mérite d'attirer l'attention sur un savant anglais méconnu en France, dont il n'est pas aisé de se procurer les bouquins en librairie, ni même en bibliothèque. Cependant le Popelard comporte de nombreux manques et approximations.

    Ainsi on ne trouvera pas de réponse claire à ce que les thésards spécialistes de Bacon présentent le plus souvent comme le paradoxe, voire l'énigme suivante : comment se fait-il que Bacon soit répertorié parmi les savants qui sont censés avoir donné l’impulsion décisive à la science moderne au début du XVIIe siècle, alors même que sa méthode scientifique contredit complètement les principes actuels de la science ? Pour ne donner qu'un seul exemple, la démarche est consacrée aujourd’hui de « l'hypothèse » en science ; en raison de sa parenté avec le syllogisme et le légalisme mathématique, F. Bacon la récuse comme une approche plus religieuse que scientifique de la nature. Si bien que la critique drastique de la science scolastique médiévale par Bacon, pourrait être reprise exactement dans les mêmes termes afin de critiquer la science dite « moderne ».

    - Un élément significatif permet de mieux comprendre le fossé entre Bacon et le congrès mondial des savants du XXIe siècle. Tandis que l'universalité de la science tient d’abord aujourd'hui au langage mathématique commun, c'est-à-dire à l'outil scientifique, en revanche c'est l'objet de la science lui-même qui est universel aux yeux de Bacon ; à tel point qu'il regarde la mythologie comme le moyen le plus sûr pour véhiculer ou conserver la connaissance scientifique à travers les âges, la faire partager au plus grand nombre, et non seulement à une élite scientifique. Il discerne par exemple à travers les mythes de Protée ou Cupidon, un propos ayant trait à la matière ou à la physique atomique.

    Autrement dit, Bacon oppose l'imaginaire scientifique aux spéculations mathématico-juridiques médiévales. Ce sont pour le savant anglais les spéculations et les hypothèses qui s'éloignent le plus de l'expérience scientifique, non l'imagination. En ça il est le savant le plus typique de la Renaissance, époque où se manifeste la même volonté dans les arts de rompre avec l'existentialisme médiéval (notamment avec l'hypothèse du purgatoire) ; les meilleurs humanistes de la Renaissance cherchent à renouer avec le rapport de l'homme, non plus au destin, collectif ou personnel, mais au cosmos. L'effort est constant de la part des penseurs matérialistes les plus sérieux depuis l’Antiquité, et perpétué par Bacon, pour ne pas appliquer au cosmos lui-même une fonction mécanique.

    - Un détail, interprété à la va-vite, peut inciter à voir en Bacon l'ancêtre de l'ingénieur moderne. Son anticipation dans un ouvrage à vocation mythologique, « La Nouvelle Atlantide », de toutes les avancées modernes dans le domaine de l'ingénierie : avion, réfrigération, radio, télévision, etc. Mais il est bien net par ailleurs que Bacon n'assigne à la technique et aux arts libéraux, dont on peut se demander s'ils ne sont pas les moteurs principaux de l'anthropologie ou de la culture modernes, qu'une place subalterne :

    « Mécaniciens, mathématiciens, médecins, alchimistes et magiciens se mêlent de pénétrer la nature (au niveau des oeuvres) : mais tous (en l’état actuel) sans grand effort et pour un succès médiocre. » écrit Bacon dans son « Novum Organum ».

    Le fait même d'anticiper tout un tas d'inventions avec brio est une façon de les situer dans le domaine des opérations et œuvres possibles, secondaires aux yeux de cet humaniste, dont la science vise l'impossible, comme si c’était le penchant le plus naturel de l'homme, du moins le seul dont l’humanité puisse attendre le progrès.

    Les choses possibles sont prévisibles, nous dit Bacon ; il n'y a donc pas grand mérite pour l'homme, par conséquent, à n’accomplir que les choses possibles.

    Il n'y a donc pas lieu comme fait Popelard d'introniser Bacon plus ou moins le « saint patron des ingénieurs ». Encore moins, comme certains philosophes existentialistes allemands, tels Horkheimer ou Adorno, de lui reprocher d'avoir joué un rôle déterminant dans le culte du machinisme ou des technologies. C’est même l’hôpital qui se moque de la charité, sachant la vocation de l’existentialisme à cautionner des régimes politiques industriels ou mercantiles. Si Marx s’est appuyé sur Bacon, c’est principalement en raison de la dévaluation de la politique au profit de la science qu’il opère.

    On conçoit aisément que, si Bacon a pu prévoir toutes ces inventions technologiques ultérieures, il était lucide sur les aspects dommageables de la technique pour l'homme, dommages qu'il n'envisage pas comme une fatalité. La subordination à des fins spirituelles de la technique est même le meilleur moyen pour lui d'éviter le détournement de la puissance par la philosophie morale ou politique, sa pente à cultiver la puissance pour elle-même, dont Bacon est parfaitement conscient.

    Bacon est le dernier humaniste de la Renaissance à ouvrir la voie à l'art religieux de la mise en abyme, dont le culte de l'identité, sorte « d'autofiction pour les nuls », paraît la queue de poisson ; « autofiction » dont les inégalités sociales suffisent pour discerner le caractère de supercherie cléricale.

    En outre Bacon ne souscrit pratiquement à aucune des théories scientifiques qui font autorité aujourd'hui : ni l'héliocentrisme copernicien qu’il combat, ni l'atomisme et sa quête des particules élémentaires à l'infini. Peu ou prou, la seule science où Bacon est accordé avec le savoir moderne est la dérive des continents, pour la simple et bonne raison que Bacon est le premier à faire l'observation de l'apparence de puzzle de la mappemonde.

     

    Ajoutons pour souligner le fossé qui sépare le progrès selon Bacon du progressisme scientifique actuel, que cet humaniste tient l’Antiquité pour une époque plus « neuve » que la nôtre, et incite à regarder donc les « temps modernes » comme étant plus antiques.

    Le reproche qu'on peut faire à la thèse de Popelard, c'est de voir Bacon à travers le prisme de l'anthropologie, qui consiste à ne retenir de la science de Bacon que les éléments qui s'accordent ou paraissent superficiellement s'accorder avec le discours de la méthode ou les principes actuels.

    C'est un procédé plus psychologique que scientifique. Il laisse entrevoir la vocation rhétorique ou de justification de l'anthropologie, dont le moyen âge, selon Bacon, a fourbi les armes et que la dévotion républicaine reproduit ; une forme de confort intellectuel dangereux.

    Dans cette perspective rétroactive, les différences essentielles entre la science de Descartes et celle de Bacon sont, par exemple, effacées par les historiens modernes de la science (Voltaire lui-même n’a pas vu qu’il y avait bien plus d’armes contre Descartes dans Bacon que dans Newton, dont les élucubrations religieuses auraient dû l’inciter à se méfier.)

    Un chapitre dans la thèse de Popelard, consacré aux rapports de la science et de la magie, lance le lecteur sur une piste plus intéressante. Dans le but de restaurer la science, Bacon pioche dans toutes les disciplines, sans tabou, et élague de même. Sans exclure les travaux des alchimistes, qui posèrent les bases de la chimie moderne, tel le moine homonyme Roger Bacon, qui retrouva le procédé de fabrication de la poudre explosive : « Cependant, il ne faut pas nier que les alchimistes aient fait bien des découvertes et qu'ils aient enrichi les hommes d'inventions utiles... » Novum Organum »)

    De tels alchimistes se contentaient le plus souvent de la découverte de recettes efficaces, de façon empirique, sans se soucier le plus de tirer avantage de leurs recherches pour une élucidation plus approfondie du monde. La chimie moderne vise de la même manière la plus grande efficacité, impressionne par les armes puissantes qu'elle procure, comme les alchimistes pouvaient être craints à cause de leur maîtrise de certaines substances ou forces naturelles.

    Les équations d'Einstein, schématisant à peu près le mécanisme de l'énergie, n'ont pas de valeur opérative en science physique : elles ne permettent pas, bien sûr, de créer de l'énergie à partir de rien, ni d'augmenter la puissance explosive ; et dans le domaine de l'élucidation des causes ou de la cause première, elles n’ouvrent que sur les hypothèses les plus hypothétiques et les moins expérimentales, à des milliards d'années voire des « années-lumière » de nous. De telles explications mathématiques « sui generis », certains magiciens-astrologues de la Renaissance, tel le mage John Dee, en faveur auprès de la reine Elisabeth Ire, en donnaient déjà, prêtant aux valeurs numériques le caractère divin ou idéal. Un tel penchant se retrouve aujourd'hui chez certains anthropologues, spécialistes des langages humains, qui confèrent à ces outils une valeur quasiment mystique. Voire des adeptes de tel folklore ou langage tombés en désuétude, qui voudraient les faire renaître de leurs cendres.

    Dans la conscience du public moderne, les formules et équations mathématiques revêtent le même caractère incantatoire que les formules de certains magiciens pour convoquer telle ou telle force surnaturelle revêtaient au moyen âge.

    M. Popelard se préoccupe seulement de la magie dans la science de Bacon ou celle de la Renaissance ; mais qu’en est-il aujourd’hui, dans un temps que les plus béats n’hésitent pas à qualifier de « post-modernes » ?

  • жалость

    Un peuple de femmelettes impitoyables et stupides et qui n’aiment rien tant que faire envie. Folie de dieu ? Posons-le courageusement mais comment Le soupçonner, honnêtement ? Il est évident que Satan se cache derrière tout ça. L’ange déchu ! le mal aimé ? tu parles Charles, adoré par deux ou trois cent millions de suppôrteurs qui ne voient rien, perdus dans leur vanité incommensurable. L’âme slave, faites-moi rire, la vanité les perdra comme l’orgueil a perdu les Anglais et la morale les Américains. Pour nous français, c’est la lâcheté qui nous a perdu, elle s’appelle René Descartes. Avec lui, nait la pensée technocratique, le XVIIe siècle, foutu méthode, intelligence artificielle, technique, bien assez bonne pour la politique ou comment faire du miel sur le dos du vice, de l’amour du vice, celui masochiste de souffrir l’esclavage pour un peu de confort. La meilleure méthode quand on l’a trouvée s’impose parce qu’elle fait gagner du temps, c’est un baume sur les plaies que Saturne, qui préside aux choses du temps tortionnaire, nous inflige. Le capitalisme serait la meilleure méthode pour faire le bonheur des hommes, la loi du plus fort, loi de la jungle pour cet animal inférieur qu’est l’homme privé de dieu. Comme le faisait remarquer Auguste Comte, si le bonheur consiste à ne pas souffrir alors la mort est sa finalité. Le marxisme partait d’un constat véritable et véridique sur l’organisation humaine, le capitalisme ne fait que copier la nature bêtement. Meilleure santé, meilleure maison, meilleure bagnole et… meilleure bombe atomique !

    En science comme en art la méthode nous bouffe du temps, elle nous écœure, nous gave de préjugés idiots, nous rend aussi crétin que des ordinateurs, quantitatif et sans la moindre qualité, binaire s’opposant à universel. Da ili Niet ! I vso ! tout est relatif, ta vérité vaut la mienne, etc., etc,. etc.

    Toute l’âme russe est dans l’Idiot de Dostoïevski, et il est cet idiot à la façon dont Flaubert est sa Bovary, l’âme française, une provinciale femme/fils de toubib et qui lutte contre l’ennui en lui préférant la mort.

    La ruche humaine sera chinoise ou elle ne sera pas !

    Et ces crétins de Russes à croire que dieu les a créés pour être heureux ! ça fait pitié, comme disent les Tahitiens!

  • Ennui du jour

    Je rencontre des écrivains, et je leur demande comment leurs livres se sont construits. Je vous raconte ma rencontre avec eux, (ce qu’ils boivent, ce qu’ils mangent et s’ils ont les yeux bleus) et je vous retranscris le questionnaire (est-ce qu’ils se shootent à la caféine et est-ce qu’ils écrivent encore à la main, sans ordi?)

     

    C’est une bloggeuse qui se présente. J’ai lu plusieurs de ses notes, donc ça commence par la première phrase du livre qu’elle place en titre de sa note et la première question est : comment avez-vous choisi cette phrase ? Ensuite elle questionne sur l’exergue le cas échéant et le cas n’échéant pas elle questionne quand même. Après elle demande pourquoi et pour qui avez-vous écrit ce livre. Après deux ou trois notes j’ai eu envie de me soumettre à son interview. Elle fait deux notes par auteur, une qui est donc un questionnaire standard et l’autre qui raconte sa rencontre avec l’auteur. En attendant qu’elle me rencontre, je réponds au questionnaire.

    Sa note sur moi s’intitulera : Verba ista sunt senum otiosorum.

    Comment est venue cette première phrase?

    J'ai besoin de trouver ma première phrase comme du début d'une pelote, pour ensuite tirer le fil et écrire la suite. Je ne peux pas écrire quand je n'ai pas la première phrase - que j'aime concise, aiguisée. Et au moment où j'ai écris le livre, cette phrase correspondait exactement à mon état personnel. Je partais en Argentine comme le narrateur. Ensuite tout le roman n'a rien à voir avec moi.

    Bon je déconne, ça c’est pas moi, ni je parle ni j’écris aussi bancal que ça, c’est un des écrivains interviewés. C’est pour donner un point de comparaison. Ma réponse : elle est venue à pied via Rome.

    Pas d’exergue, pourquoi ?

    Je préfère les incipits.

    Pourquoi et pour qui avez-vous écrit ce livre?

    Je m’ennuyais.

    En combien de temps avez-vous écrit le roman?

    Deux ou trois temps, je sais plus.

    Vous avez des rituels d'écriture?

    Je prends un stylo et j’allume l’ordi avec une cigarette.

    Avez-vous écouté une musique particulière en l'écrivant? En avez-vous une à conseiller en le lisant?

    Le sort du con le soir au fond des bois.

    Si votre livre devenait un film, par qui voudriez-vous le voir réalisé?

    Un cuisinié ?

    Quel livre auriez-vous voulu écrire?

     La Bible.

    Qu'est-ce que vous lisez en ce moment?

    Des panneaux publicitaires en ukrainien.

    Vous aimez parler de vos livres?

    Non.

    Sinon j’ai les yeux asymétriques, et le nez aussi, une oreille plus basse que l’autre ce qui est très chiant pour les lunettes, je me shoote à la luzerne et j’écris à la main avec un ordi… et j’ai encore envie de pisser.

  • Tchin Tchin

    De hauts fonctionnaires européens sont encore héberlués (sic) d'avoir entendu, récemment, des officiels chinois venus négocier à Bruxelles, leur déclarer: « Vous, les Européens, vous croyez vivre dans une grande Suisse, mais vous vivez dans une grande Grèce.»

    L’hurluberlu du Figaro, qui en perd son français (un halluciné ?), évoque le mépris chinois affiché pour les occidentaux, pire, il affirme qu’ils ne le cachent plus, laissant entendre qu’ils nous auraient toujours méprisés mais qu’ils auraient pas eu le « courage » de nous l’avouer. Si c’est pas de l’incitation au mépris, l’air de rien !

     

    En revanche, ils ont pas tort les Chinetoques s’ils veulent dire qu’on est plus pauvre qu’on le voudrait en Europe, facile pour eux, mais involontairement c’est plutôt flatteur. Pour ma part je préfère cent fois vivre pauvre en Grèce que riche en suisse, question d’hygiène spirituelle.

    Dire qu’on se foutait de Céline quand il écrivait des chinois sur la fin, on est même aller jusqu’à dire qu’en fait, il visait les juifs… des langues de vipère!

    Un milliard quatre cent millions de pékins, en train de bouffer le monde tout cru. Va-t-il falloir que j’arrête de moquer les bouddhistes français et les journalistes analphabêtes ? Déjà que la Grèce antique, n’est-ce-pas, ça doit leur paraitre gentiment folklo, on les voit plus mal encore s’intéresser à notre langue françoise. Sont déjà obligés d’user les chiffres arabes qu’on aura bientôt plus assez de zéros pour les contenir.

     

    En art, ils font la pluie et le beau temps et investissent dans des copies stériles de trucs baroques ou gréco-romains, comme les Nazis donc. Ça peut paraitre stupide mais c’est tout ce que les Ricains ne font pas. Ces derniers les ont un peu douloureuses. Y a plus qu’un ou deux richissimes ukrainiens pour se payer du Hirst ou du Koons. Les Chinois, ils en veulent pas, à croire qu’ils nous donnent des leçons de goût. Ça les rendrait presque sympathiques. En vérité, ils visent la destruction de l’art yankee. Mais là, il va leur falloir attaquer le gros morceau, et c’est pas gagné : le cinoche.

    Pas sûr qu’on voit la fin de cette bataille, d’ailleurs, tant l’art des rêves est proche de la tombe et des rites funéraires !

     

    D’autant que chez les Ricains, ça ressemble aussi pas mal à l'Allemagne nazie : puissance technique et menace de la concurrence de nations voisines émergentes. Le fait que l'armée yankee n'a jamais dans toute l'histoire remporté de conflit majeur, manquant même de peu se faire repousser en Normandie par les vieux soldats de la Wehrmacht, c'est pas franchement rassurant, non plus !

  • Diarrhée UA

     

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    Lundi

    Un doigt de lessive, une main de ménage, beaucoup de lecture, je sais pas ce qui lasse le plus de la chair ? D’après le roi Salomon, ce serait la lecture. Fi de la modération en ce domaine, déclare Francis Bacon. Le ménage, en revanche, ne fait penser qu’à ça, c’est pas les babouchkas ménopausées et les hystériques frustrées qui diront le contraire : tout ce tremblement, c'est que du coït "sublimé". On frotte pour faire partir la tâche originelle, et ainsi on s’échauffe les sens... religieusement. La prétendue "paix du ménage" prépare la "guerre du sexe", bataille perdue d'avance par les mecs.

    De l'utilité de la science pour l'amour ? L'argument, décisif, est dans Bacon : la science seule permet de distinguer ce qui dans l'amour n'est, en réalité, qu'idolâtrie. Si le Siècle avait pris la peine de lire Bacon attentivement, ce sont des mégatonnes de puritanisme puis d'érotomanie consécutive qui auraient pu être évités, tout ce bordel qui n'atteindra jamais son but : l'ordre des abeilles ou la jouissance du singe. 

     

     

    Mardi

    Le gouvernement ukrainien propose du net d’impôt pour tous les hôtels construits avant 2012… pendant dix ans !  (hôtels de passe ?) Un gouvernement qui n’a pas cinq ans devant lui, je sais pas bien si c’est une affaire. Mais ce serait bien le paradoxe libéral de pouvoir s'enrichir dans l’un des pays les plus pauvres d’Europe.

     

    Mercredi

    Le pays est dans le cirage ; quatre fêtes importante en trois semaines, deux Noël, deux Nouvel An, du 25 décembre au 14 janvier ce fut la grande pause hivernale. Les orthodoxes ne négligent pas la pompe, et, du coup, pour pallier l’ennui de toutes ces célébrations, l’alambic tourne à plein régime. Jésus-Christ ou... Bacchus ?

     

    Jeudi

    Pris quatre vieillards, trois femmes et un homme, en stop ; ils m’ont assommé avec leurs satanés chants traditionnels. Heureusement, ils n’allaient qu’au village voisin. Je me voyais déjà leur faire le coup de la panne.

     

    Vendredi

    Suis allé à la piscine. Me suis souvenu de la comparaison de mon pote Bardamor entre la piscine et le sein maternel. Loisir pédérastique, donc. On était presque seul avec mon pote. Le plongeoir était fermé, menaçant de s’écrouler, et le plafond tout boursoufflé d’humidité, prêt à nous tomber sur la poire. Me suis pas éternisé, à part sous la douche chaude. Mais vu le prix (une cartouche de clope) je préfère prendre une douche chez mon pote et arrêter de fumer.

     

    Samedi

    Je fume toujours comme un diesel, même au lit, et je me lave le moins possible. Je suppose qu’un type marié se lave tous les jours et ne fume que sur le balcon ou sous la hotte de la cuisinière. Mes six mois de vie maritale avec Olga m’auront peut-être fait gagner une demi-heure de vie ? Fasse le Ciel que ça m'aide à connaître l'extase de l'apocalypse, comme saint Jean à Patmos, la solution finale de tous les errements humains, et que je sois ravi en esprit. "Aide-toi et le Ciel t'aidera" : nul n'a mieux appliqué cet adage que Bacon.

     

    Dimanche

    J’apprends que deux familles d’amis sont lessivées, soi-disant par les microbes. Il est vrai qu’ils incubent facilement chez les enfants, et se renforcent pour attaquer ensuite les parents. Enfin, c’est comme ça que je vois la chose. En tant que fumeur célibataire sans enfant, je suis blindé contre ce genre d’attaque.

  • Agitation Intérieure

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    "Les froids intérieurs des vieilles filles sont parmi les plus luisants." 

    Balzac


    Et les moins reluisants.


     

  • Chronique UA

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    Lundi

    Curieux, je suis à la maison, comme en attente de quelque chose qui ne vient pas. Rien d’angoissant toutefois. Peux lire en paix.. La vérité nous vient petit à petit, persévérer est le mot clé. Je prends la décision de faire annuler mon mariage et ma « paternité » ukrainiens. Comme disent les romains : "Pater Incertus, Mater Certissima".

     

    Mardi

    Je prends une pute en stop, sans le savoir. Comme c’est la nuit, le froid, je la ramène chez moi. Elle me sert une histoire de médicaments à payer pour les enfants de sa copine. C’est pas une professionnelle, juste une gamine qui adore dormir. Je lui donne un peu d’argent, à manger et mon lit. Elle s'endort comme une pierre. Le matin venu, elle ne me demande rien (voilà qui est étrange) ; je la conduit à l’autobus, et sur le chemin, elle acquiesce vaguement quand je lui fais promettre de ne pas recommencer. Ai-je manqué de persuasion ? Je n'ai pourtant pas hurlé mon « Va, et ne pèche plus ! ». 

     

    Mercredi

    Insolite, je vois beaucoup de monde ici et là. Les vérités sur Houellebecq que j’ai assénées à L’Institut français la semaine dernière ont provoqué pas mal d'animosité. On me reproche de parler trop fort (je ne parle pas, je rugis) et, surtout, de prétendre dire la vérité. Rumeurs, échos et chuchotements seraient préférables. Me reste qu’à secouer la poussière de mes godasses et reprendre mon chemin… de Damas.

     

    Jeudi

    Historique, dans un magazine, la photo de la tzarinette Romanov, exécutée en 1918 avec toute sa famille. Elle a une dizaine d’année sur la photo et elle est bien mignonne, ma foi. Quel gâchis, une vie cueillie si tôt, et combien d’autres par la faim, la souffrance et la peur qu’ont semées les ancêtres de la tzarinette. Le mot russe Tsar vient de César.

     

    Vendredi

    Je m’attelle à la lecture des œuvres du chancelier Bacon. "Le grand philosophe anglais", comme dit Buchon son traducteur en 1838. Ce Buchon ne m’inspire pas confiance. D’emblée, je bute sur la citation de Pope qu’il place en exergue de sa notice biographique interminable :

    "If parts allure thee, think of how Bacon shined,

    The greatest, wisest, meanest of mankind."

    (wisest brightest meanest semble être la bonne version)

    Qu’on peut traduire par :

    "Si les choses de l’esprit vous séduisent, songez à l’éclat de Bacon,

    Le plus sage, le plus illustre (le plus brillant, etc.) et des hommes le plus con."

    Je plaisante pour la rime et parce que ce « meanest » est ambigü, utilisé pour rendre l'idée de moyenne voire de médiocrité aussi bien que d'abondance. Une allusion, peut-être, à la devise du chancelier "Mediocria Firma" ? Quoi qu'il en soit, ce Pope astique comme un chamois.

    Samedi/dimanche

    RAS, début d'année studieux.

  • Black Humor

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    « A Tous ceux qui ont perdu un être cher dans les violences post électorales, les blessés, tous ceux qui ont perdu des pieds, que Dieu donne à chacun le réconfort et le courage, d’aller de l’avant ».

     

    Sacré Gbagbo, fait de l’humour ! l’est comme Mr Jourdain, fait de l’humour et de la politique sans le savoir. Inquiétant Gbagbo !

    Le lien entre humour, humeur et politique, c’est la femme. Allez, un petit effort.

    Quel est le lien caché entre humour et humeur, à part l’étymologie  (en fait c’est le même mot, mais les anglais avec un wit bien français en ont fait ce qui désigne une légèreté très féminine) ?

    L’humour c’est le moyen de retourner une situation triste en une manifestation de joie (oh ! la barbe avec ta vérité Fodio, fait-nous rire nom d’une pipe !)

     L’humeur fait la même chose, et le contraire aussi . L’humour n’est donc qu’un revers de l’humeur. Son envers, c’est la politique. Ainsi les humoristes chargent la politique, cette lugubre charogne, pour la transformer en bonne blague avec distance morale, incorrection bon enfant et sympathique impertinence qui tire les zygomatique des esclaves qui par leur faute, (avec l’accent de Gbagbo on entend très bien « faute » pour « vote » ) par leurs votes donc, ont amener ces guignols aux commandes de leur vie. Voter ou fauter c’est dire son amour pour un candidat. Un prétendant qui cherche à vous plaire. En politique c’est anonyme, par une sorte de pudeur républicaine ; en art, c’est signé, on rigole ou pas. La farce est jouée. On a payé. Allez une petite pièce ! Quelle bonne blague !

    Ah mais c’est que l’argent, ce liquide à deux faces, métal rond ou rectangle de papier, a un côté pour l’humeur et l’autre pour l’humour, un pour la politique, l’autre pour la femme ! la femme est politique autant que la politique est femme, elle a ses humeurs et elle adore l’humour, quant à l’argent, c’est presque un autre mot pour femme. Une chose pour laquelle on doit investir ! de la croyance en l’avenir. On dépose une graine d’espoir, on décide de donner un rapport durable à une valeur fluctuante par essence et soumise au temps. Un pari sur l’avenir. Le genre de pari qui coûte très cher, ça va sans dire et qu’il faut un jour ou l’autre rembourser, avec tout le lait perdu et Pierrette perdant pied, éplorée par la conjoncture et sa chute inopinée.

    En politique, il n’y a que des obstacles car c’est ainsi que se présente le monde du point de vue féminin. Et le rêve est le seul moyen de les franchir. Une façon plutôt comique de s’imaginer qu’on a des ailes quand on a les pieds pris dans le bêton (gare à la bête on !) : imaginez la noirceur du nègre blanc qui a écrit pour un Gbagbo devenu blanc comme neige un discours de martyr en béton, si c’est pas de l’humour noir !?

  • Conte Merveilleux de Léon Bloy

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    “plus un radis dans la profonde et rien dans le battant" […]  il fallut le décrasser, l'habiller, le loger et le remplir tous les jours.”

     

    Il s’agit du père de la dame. Je ne résiste pas à l’envie de recopier cette histoire plus que désobligeante, dont le thème est l’amour filial (les chiens font pas des chats).

     

     

    Ah ! elle pouvait se vanter d'en avoir de la vertu, Mme Alexandre ! Songez donc ! Depuis trois ans qu'elle le supportait, ce vieux fricoteur, cette vieille ficelle à pot-au-feu qui déshonorait sa maison, vous pensez bien que si ce n'était pas son père, il y avait longtemps qu'elle lui aurait collé son billet de retour pour le poussier des invalos de la Publique !

    Mais quoi ! on est bien forcé de garder les convenances, de subvenir à ses auteurs quand on n'est pas des enfants de chiens et surtout quand on est dans le commerce.

    Oh ! la famille ! Malheur de malheur ! Et il y en a qui disent qu'il y a un bon Dieu ! Il ne crèvera donc pas un de ces quatre matins, le chameau ?

    La fréquence extrême de ce monologue filial en avait malheureusement altéré la fraîcheur. Il ne se passait pas de jour que Mme Alexandre ne se plaignît en ces termes de la coriacité de son destin.

    Quelquefois, pourtant, elle s'attendrissait lorsqu'il lui fallait divulguer son âme à des clients jeunes qui n'eussent qu'imparfaitement saisi la noblesse de ses jérémiades.

    Bon et cher papa, roucoulait-elle, si vous saviez comme nous l'aimons ! Nous n'avons toutes qu'un cœur pour le chérir. Le métier n'y fait rien, voyez-vous ! On a beau être des déclassées, des malheureuses, si vous voulez, le cœur parle toujours. On se souvient de son enfance, des joies pures de la famille, et je me sens bien relevée à mes propres yeux, je vous le jure, quand je vois aller et venir, dans ma maison, ce vénérable vieillard couronné de cheveux blancs qui nous fait penser à la céleste patrie. Etc., etc.

    L'inconscience professionnelle permettait sans doute à la drôlesse de fonctionner, avec une égale bonne foi, dans l'une ou l'autre posture, et l'hôte septuagénaire du grand 12, alternativement habillé de gloire et d'ignominie, croupissait au bord de sa fille, − dans l'inaltérable sérénité du soir de sa vie, − comme une guenille d'hôpital sur la rive du grand collecteur.

     

    ***

     

    L'histoire de ces deux individus n'avait, pour tout dire, aucune des qualités essentielles qu'on doit exiger du poème épique.

    Le bonhomme Ferdinand Bouton, familièrement dénommé papa Ferdinand ou le Vieux, était une ancienne canaille de la rue de Flandre où il exerça naguère trente métiers dont le moins inavouable mit plusieurs fois en danger sa liberté.

    Mlle Léontine Bouton, qui devait être un jour Mme Alexandre et dont la mère disparut peu de temps après sa naissance, avait été élevée par le digne homme dans les principes de la plus rigoureuse improbité.

    Préparée, dès son âge tendre, aux militantes pratiques, elle décrochait, à treize ans, une brillante situation de vierge oblate chez un millionnaire genevois renommé pour sa vertu, qui l'appelait son «ange de lumière» et qui acheva de la putréfier. Deux ans suffirent à la débutante pour crever ce calviniste.

    Après celui-là, combien d'autres ! Recommandée surtout aux messieurs discrets, elle devint quelque chose comme un placement de père de famille et marcha, jusqu'à dix−huit ans, dans une auréole de turpitudes.

    À ce moment, devenue sérieuse elle-même, à force de se frotter à des gens sérieux, elle lâcha son père dont la pocharde frivolité de crapule, désormais oisive, révoltait son cœur.

     

    Et quinze années ensuite s'écoulèrent pendant lesquelles cet abandonné se rassasia d'infortunes.

    Désaccoutumé des affaires, ne retrouvant plus son ancienne astuce, il ressemblait à une vieille mouche qui n'aurait pas la force de voler sur les excréments et dont les araignées elles-mêmes ne voudraient plus.

    Léontine, plus heureuse, prospéra. Sans s'élever aux premières charges de la Galanterie publique dont ses manières de goujate incorrigible ne lui permettaient pas d'ambitionner la dictature, elle sut manœuvrer dans les emplois subalternes avec tant d'art et de si ambidextres complaisances, elle se faufila, s'installa, se tassa si fermement aux bonnes ripailles et, n'oubliant jamais d'emplir son verre avant que la bouteille eût achevé de circuler, fut tellement rosse devant Dieu et devant les hommes, qu'elle en vint à pouvoir défier le malheur.

     

    ***

     

    Le malheur, alors, se présenta sous l'espèce falote et fantomatique de son père.

    Le vieux drôle, au moment de sombrer à tout jamais dans le plus insondable gouffre, avait appris que sa fille, sa Titine, quasi célèbre, maintenant, sous le nom de Mme Alexandre, gouvernait de main magistrale une hôtellerie fameuse où les princes de l'extrême Orient venaient apporter leur or.

    Vermineux et couvert de loques impures, n'ayant «plus un radis dans la profonde et rien dans le battant», il tomba donc chez elle un beau jour et la fortune lui fut à ce point favorable que l'altière pachate, quoique enragée de sa survenue, fut obligée de l'accueillir avec les démonstrations du plus ostensible amour.

    La malchance de celle-ci voulut, en effet, qu'à l'instant même où, forçant toutes les consignes, il se précipitait dans ses bras, elle se trouvât en conférence avec de rigides sénateurs peu capables de badiner sur le quatrième commandement de la loi divine. L'un d'eux même, remué jusqu'au fond de ses entrailles par cet incident pathétique, ne crut pouvoir se dispenser de la bénir en lui prédisant une interminable vie.

    Après un tel coup, papa Ferdinand devenait indélogeable et inextirpable à jamais. Sous peine d'encourir l'indignation des honnêtes gens et de perdre l'estime fructueuse des mandarins, il fallut le décrasser, l'habiller, le loger et le remplir tous les jours.

    L'existence, jusqu'alors douce comme le miel, de Mme Alexandre, fut empoisonnée. Ce père fut le pli de rose de sa couche, le pétrin de son âme, la tablature de ses digestions et, tout au contraire de Calypso, elle ne parvenait pas à se consoler du retour d'Ulysse.

    Il n'était pourtant pas gênant. Dès le premier jour, on l'avait installé dans la mansarde la plus lointaine, la plus incommode et probablement la plus malsaine. C'était à peine si on le voyait. Il observait fidèlement la consigne de ne pas rôder dans la maison à l'heure des clients et surtout de ne jamais mettre les pieds au Salon.

     

    Il ne fallait rien moins pour déroger à cette loi sévère, que la fantaisie d'un amateur étranger qui demandait quelquefois à voir le Vieux, dont toutes ces dames parlaient avec des susurrements de vénération craintive, comme elles auraient parlé du Masque de Fer.

    Pour ces circonstances, il avait un justaucorps écarlate à brandebourgs et une espèce de casquette macédonienne qui lui donnait l'air d'un Hongrois ou d'un Polonais dans le malheur. On l'ornait alors du titre de comte, − le comte Boutonski ! − et il passait pour un débris couvert de gloire, de la plus récente insurrection.

    Cumulativement, il nettoyait les latrines, balayait les escaliers, essuyait les cuvettes et la vaisselle, quelquefois avec le même torchon, disait avec rage Mme Alexandre. Enfin, il faisait les courses des pensionnaires dont il avait la confiance et qui lui donnaient de jolis pourboires.

    Aux heures de loisir, l'heureux vieillard se retirait dans sa chambre et relisait assidûment les œuvres de Paul de Kock ou les élucubrations humanitaires d'Eugène Transpire, ainsi qu'il nommait l'auteur des Mystères de Paris et du Juif Errant, les deux plus beaux livres du monde.

     

    ***

     

    Pendant la guerre, naturellement, la maison périclita. Les clients étaient en province ou sur les remparts et l'état de siège rendait les trottoirs impraticables.

     

    L'exaspération de Mme Alexandre fut à son comble. Du matin au soir, elle ne cessait d'exhaler sa fureur contre le Vieux qui se racornissait de plus en plus et qu’elle vomissait à pleine gueule, sans interruption.                                                                                                                                                                                                                           Elle alla, dans son délire, jusqu'à l'accuser d'avoir allumé le conflit international par ses manigances.

    Quand fut décidée la rançon des cinq milliards, elle se prétendit frustrée, vociférant que c'était autant de fichu pour son commerce et qu'on devrait bien fusiller tous les vieux salauds qui portaient malheur...

    Elle tournait positivement à l'hydrophobie et l'existence devenait impossible.

    Il va sans dire que la Commune fut inapte à revigorer son branlant négoce. La clientèle pourtant ne chômait pas. L'établissement ne désemplissait pas une minute. C'était à se croire dans une église !

    Mais quelle clientèle, Dieu des cieux ! Des ivrognes rouges, des assassins, des voyous infâmes galonnés de la tête aux pieds, qui se faisaient servir le revolver au poing et qui cassaient tout, et qui auraient tout brûlé si on avait eu l'audace de leur résister.

    Cette fois, par exemple, elle ne gueulait plus, la patronne. Elle crevait silencieusement de peur, en attendant le secours d'En Haut.

    Il ne se fit pas longtemps attendre. On apprit tout à coup que les Versaillais venaient d'entrer dans Paris !

    Délivrance ! Mais une guigne vraiment noire s'acharnait sur la pauvre créature.

    Il arriva qu'une barricade fut dressée au bout de la rue. C'était le moment ou jamais de fermer la porte à triple tour et de faire comme si on était des mortes. Papa Ferdinand fut complètement oublié.

    La barricade était prise à deux heures de l'après-midi et les fédérés en fuite abandonnaient le quartier.

    Bientôt, il ne resta plus qu'un seul être, un mince vieillard dont les pas sonnaient dans le grand silence.

    Impossible de ne pas le reconnaître. C'était le gâteux sorti le matin par curiosité et qui, bêtement, fuyait comme un criminel devant les pantalons rouges.

    Ceux-ci, pleins de défiance, ne le suivaient pas encore, hésitant à tirer sur un homme d'un si grand âge.

    Ils accoururent en le voyant s'arrêter à la porte du grand 12.

    Avance à l'ordre et fais voir tes pattes !

    Le vieillard, pantelant d'effroi, se précipita sur la sonnette et se mit à carillonner.

    Titine, ma Titine, c'est moi ! Ouvre à ton vieux père.

    La fenêtre close du mauvais lieu s'ouvrit alors spontanément et Mme Alexandre, ivre de joie, désignant son père aux soldats, leur cria :

    Mais fusillez-le donc, tonnerre de Dieu ! Il était tout à l'heure avec les autres. C'est un sale communard, c'est un pétroleur qui a essayé de foutre le feu au quartier.

    On n'en demandait pas davantage en ces gracieux jours et papa Ferdinand, criblé de balles, tomba sur le seuil...

    Aujourd'hui, Mme Alexandre est retirée des affaires et n'habite plus le quartier de la Bourse dont elle fut, si longtemps, la gloire. Elle a trente mille francs de rentes, pèse quatre cents kilos et lit avec émotion les romans de Paul Bourget*.

     

     

    *Léon Bloy l’avait surnommé « l’eunuque des dames » et le méprisait cordialement (« Heureux garçon, tu fus reçu dans d’aristocratiques salons que tes ancêtres auraient pu frotter »)

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  • Antique Scud à corne en plein champ de patate!

     

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    Verba ista sunt senum otiosorum, le blabla des vieillard séniles qui s’ennuient.

     Une image vive du genre de philosophie dont je vais vous dévoiler la source dans un instant est la fable de Scylla qui, au rapport des poètes, présentait par le haut le visage et la poitrine d’une fille jeune et belle mais qui dans les parties inférieures du corps était : Candida succinciam latrantibus inguina monstris . Cernées de monstres hurlants autour des parties générationnelles. Rien de bien avenant pour  le marin de passage au point qu'on se demande bien ce que Ulysse avait besoin de se faire attacher au mat de son navire pour résister, mais passons.

    Je lisais donc librement instalé à la proue de mon rafiot digital le blog  de Gigiouchka, qui se pose tant de questions capitales dont entre autres  si elle est ma chatte parce qu’elle porte le même nom qu’icelle et de me faire savoir qu’elle est morte pour moi mais là non plus c’est pas une question,  quand soudain  je découvre un aphorisme antique qui nous sied comme pied à pompe ou gant à doigt, ce fameux dilemme du maintien teuton (quant à eux), que les Romains ont honteusement pompé sous cette forme latine quand même plus acceptable que le boche moderne: per contatorem fugito nam garrulus idem est

     

    C’est nous qui sommes antiques, pas les grecs, Gigi, eux sont la jeunesse du monde. Sommes apocalyptiquement antiques, nous, des vieux de la vieille! N’avons plus que des questions stupides qui ne demandent aucune réponse, sénilité, visions, rêves, imagination débordante de soi, un esprit excroissance de l’âme, une âme gonflée à l’hélium 135 prête à partir au pays des merveilles. Miroir, crache ta vérité, ne suis-je pas la plus belle humanité possible!?

     

    Au diable l’inconstance féminine :Tant qu’une chose n’est pas faite, elle s’étonne si on lui dit  qu’elle est possible. Dès que cette chose est faite, elle s’attriste qu’elle ne l’ait pas été plus tôt.

    Ainsi sont les peuples, les nations, les groupements, les ligues, les clans, les tribus, les rassemblements les plus divers que pour un tel inventaire il faudrait un magasinier du genre Prévert.

    Il en va de même pour l’inconstance de la femme de la révélation chrétienne, qui n’est pas la sainte mère de dieu comme on fait semblant aujourd’hui de le croire en haut lieu européen.

    Ces élites ne sont pas stupides et arracher ce mensonge à la putain de la révélation, la vraie, l’église romaine, est un acte d’une haute intelligence. Diabolique hélas. Car cher payé ! tout homme vivant sous cette bannière odieuse et mensongère ne peut espérer aucun secours de la vérité. Car tout homme adorant son péché est un homme déjà mort. On croit tuer le temps, belle Gigi, et c’est lui qui nous assassine froidement un soir d’hiver au coin du feu, par hasard.

     

    Nous ne sommes pas aussi peu de choses que tu le crois ; même si, comparé à celui de nos rêves, le temps de nos œuvres est court. La vérité est une chose qu’on découvre toujours trop tard sans quoi nous n’aurions jamais pris le risque de la rêver.  On s’imagine tout petit avec autant de zèle qu’on se voudrait immense. Mais on se connait faible sans le secours de la science et des arts, on préfère la confortable servitude de pleurer sur la ville comme il pleure dans nos cœurs. Puis on idolâtre les mots, qu’on charge de valeurs, et de propriété, de foi, de fiduce, on spécule, les mots auraient-ils un pouvoir magique ? celui-là même de l’argent, trente denier, pour une parole donnée. Les mots donnés par dieu à Moïse sont des commandements pas des dénonciations. Voilà pourquoi les tables se brisent, la colère de dieu contre les dissidents, les réfractaires, les pas d’accord avec les lois divines, les tricheurs, qui se servent de leur propre crédulité et leur faiblesse pour harasser le ciel de leurs méfaits.

     

    Je ne suis qu’un apprenti saint, j’ai su trop tard que l’intelligence n’est pas en nous comme la beauté. Les beautés du ciel ne sont pas données à tous bien qu’elles soient offertes à chacun. Ainsi grâce à vous je m’explique enfin la préférence de dieu pour le frère de Caïn. La contemplation des cieux passe avant le travail de la terre.

    Et les femmes désirent d’abord des pommes de terre. Ainsi dieu a-t-il  pris la peine de nous montrer le chemin opposé à celui de l’esclavage.

    Pour ma part je vois très bien qu’on est, en ces temps très antiques, facilement l'esclave de l’idée qu’on se fait des bêtes à cornes.

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  • INSTAURATIO MAGNA

     

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    “He was so great a man that I have forgot his vices.”

     

     Certain que l’entendement humain se suscitait à lui-même des difficultés, qu’il ne savait pas user avec assez de modération et de dextérité des ressources très réelles que la nature a mise à sa portée, convaincu que de cette source dérivent l’ignorance d’un tas de chose et les turpitudes sans nom qu’elle traine à sa suite, F. de V. , après s’être rendu compte à lui-même de ses méditations, a pensé qu’il était capital pour les générations présentes et à venir, de proclamer la nécessité d’engager tous ses efforts à restaurer entièrement, si c’était possible, ou du moins améliorer, ce commerce que la science établit entre l’esprit et les choses, commerce auquel il n’est presque rien de comparable sur la terre, ou du moins dans les choses terrestres.

     

    Or, à espérer qu’en abandonnant l’esprit à lui-même, les erreurs qui ont déjà pris pied ou qui pourront s’établir dans toute la suite des temps, puissent se corriger naturellement et par la force propre de l’entendement humain, ou par les secours et les adminicules de la dialectique, un tel espoir serait sans fondement ; d’autant plus que ces premières notions que l’esprit reçoit, qu’il serre, qu’il entasse, pour ainsi dire, avec tant de négligence et de facilité, et d’où naissent tous les autres inconvénients, que ces notions sont vicieuses, confuses, extraites des choses sans une méthode fixe, et que, soit dans les secondes notions, soit dans les suivantes, il ne règne pas moins de caprice que d’inconstance.

     

    Ainsi tout cet appareil scientifique dont la raison fait usage dans l’étude de la nature n’est qu’un amas de matériaux mal choisis et mal assemblés, et ne forme qu’une sorte de monument pompeux et magnifique, mais sans fondements ; car, tandis qu’on admire et qu’on vante les forces imaginaires de l’esprit humain, on néglige, on perd ses forces réelles, du moins celles qu’il pourrait avoir si on lui procurait des secours convenables, et qu’il sût lui-même se rendre docile et obéissant aux choses, au lieu de les insulter comme il le fait dans son audacieuse faiblesse.

     

    Restait donc à recommencer tout le travail, en recourant à des moyens plus réels, à entreprendre une totale restauration des sciences, des arts, en un mot de toutes les connaissances humaines ; enfin, à reprendre l’édifice par les fondements et à le faire reposer sur une base plus solide.

     

    Or, quoiqu’une telle entreprise au premier coup d’œil semble infinie et paraisse excéder la mesure des forces humaines, qu’on ose essayer néanmoins et l’on y trouvera plus d’avantages réels et de stabilité que dans tout ce qu’on a fait jusqu’à présent.

     

    Car du moins ce que nous nous proposons ici a une fin, au lieu que cette démarche qu’on suit d’habitude dans les sciences n’est qu’une sorte de tournoiement perpétuel, d’agitation sans fin et sans terme.

    Il n’ignore pas non plus dans quelle solitude se trouve celui qui entame une telle entreprise, combien ce qu’il a à dire est difficile à persuader et semble incroyable.

    Malgré tout, il n’a pas cru devoir se laisser aller, ni renoncer à son but avant d’avoir tenté et parcouru la seule route qui soit ouverte à l’entendement humain.

     

    Après tout, ne vaut-il pas mieux tenter une entreprise qui peut avoir une fin que s’embarrasser avec des efforts et une ardeur inutile dans une voie sans issue ?

    Car les deux voies de la contemplation, semblables aux deux voies de l’action sont pour l’une  d’abord escarpée et difficile mais qui débouche en pays découvert, alors que l’autre présente au premier coup d’œil un terrain dégagé et une pente douce mais aboutit à des lieux inaccessibles et à des précipices. (on peut entendre ici la prophétie apocalyptique).

    Or, comme rien ne lui parait plus incertain que le temps vienne où de telles idées tombent dans l’esprit d’un autre, justement par le fait qu’il n’a trouvé personne jusqu’à présent qui ait appliqué son attention à de telles pensées, il s’est décidé à publier, le plus tôt possible, ce qu’en ce genre il lui a été permis d’achever.

     

    Et ce n’est pas l’ambition qui le fait se hâter ainsi, c’est la seule inquiétude que s’il lui arrive une de ces tuiles auquel tout mortel est sujet, il reste du moins quelques indications de l’entreprise qu’il a embrassée dans sa pensée, et qu’il subsiste quelque monument de ses louables intentions et de son zèle pour les vrais intérêts du genre humain. Il a jugé, sans contredit, tout autre objet d’ambition très en dessous de celui qu’il a eu en main ; car, ou ce dont il s’agit n’est rien, ou c’est quelque chose de si grand que, sans y chercher d’autres fruits, on doit se contenter du mérite même de l’avoir entrepris.

  • UA Diarrhée

     

     

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    Lundi

    Je lis sur internet que les régionales ukrainiennes ont été truquées fort habilement, et que tout le monde est content parmi les non-signataires du consensus de Washington (les banques prêteuses qui aiment les victoires électorales fortes, gage de remboursement et qui ne signent pas les consensus, ça va de soi) ; seuls les petits patrons s'offusquent de la réforme fiscale à laquelle le président a annoncé qu’il opposerait son véto.

     

    Mardi

    Distribution d'"Au Trou !?" aux quelques francophones que je croise. Comme dit, citant Allais à propos, le colonel que je croise à l’Institut français : "On reconnait un bon cru à une bonne cuite !" ; ça tombe bien, le champagne soviétique est encore à un prix abordable. Un pote ukrainien me reproche le papier sur Lénine, qu’il juge aussi coupable que Staline d’assassinats commandités. La statue de Lénine est toujours là, contrairement à celle de Staline qui n’est plus nulle part, bien que son fantôme rôde encore, et ça castagne souvent à la Rada (le parlement). Faut dire aussi que la boxe est le sport national ukrainien ; deux frères sont triples champions du monde ; l’habitude de faire péter le poing sur la table ? Paraît que le maire de Kiev, Léonid Cosmos (surnom dû à ses ambitions infinies), s’est brisé le poignet une fois, je le tiens d’une de ses secrétaires.

     

    Mercredi

    Pénible journée. Les femmes d’ici ont toutes ou presque une guêpe au plafond. C’était de notoriété publique dans tout l’empire soviétique, et je peux témoigner que ça n’a pas beaucoup changé. Je suis content d’avoir passé l’âge de la bagatelle. Celle qui m’a entraîné ici ne déroge pas à la règle. Sa folie m’avait semblée plus supportable que celle des femmes de l'Ouest. Aucune folie n’est supportable finalement, la nôtre moins que celle des autres. Je crois que sa folie me distrayait de la mienne.

     

    Jeudi

    Je reste au village. Je sors à peine pour nourrir la basse-cour, un tour ou deux à la cabane au fond du jardin ; surveille aussi Roméo et Juliette, mes deux chèvres.

     

    Vendredi

    Suis pas rentré. Me suis fait bêtement arrêter par les flics et... j’avais bu une bière. Comme c’est "tolérance zéro" (les Ukrainiens comme les Suédois ne savent pas boire), ils m’ont pris la bagnole après un alcotest à 0,33 g. Z’ont passé une heure à remplir de la paperasse pour justifier la somme d'argent qu’ils vont me voler. Le résultat, c’est que j’ai pas pu rentrer au bercail, mes poules et mes canards restés dehors. Les chiens ont bouffé la plus jolie poule, la blanche que j’aimais tant, avec son collier de perles noires. Saloperies de flics ! Saloperies de chiens ! Saloperies de voleurs ! (j’ai des chiens pour prévenir les voleurs), Et saloperie de basse-cour !

     

    Samedi

    Parti de bonne heure pour tenter de récupérer ma bagnole. C’est pas gagné. Levé à 5 heures pour prendre le bus à 6 pour prendre le train à 7 pour être au bureau de police à 9. Finalement, l’affaire m’aura coûté 800 us-dollars, une petite fortune que j’avais accumulée patiemment pour raccommoder la voiture, justement.

    Dans l’antre du chef de la police, au milieu des kalachnikovs en plastique pleines de vodka, il y avait un portrait de Tchevtchenko, le poète ukrainien ; alcoolique aux dires de la police (prorusse), propagande russe selon mon pote Oleg (courageux, en l'occurrence).

     

    Dimanche

    Je prie pour tous ces pauvres policiers égarés par les puissances infernales. Roman Romanovitch,  un pote sibérien de passage, me traite gentiment de Cвятой  Подмастерье (apprenti saint).